Stalker – Arcadi et Boris Strougatski

Stalker - Arcadi et Boris Strougatski

J’avais beaucoup entendu parler de Stalker, le livre d’Arcadi et Boris Strougatski et j’ai eu la chance de le gagner lors d’un concours sur l’excellent site dédié aux littératures de science-fiction des pays de l’Est, Russkaya Fantastika !

Résumé (source éditeur)

Des Visiteurs sont venus. Sortis d’on ne sait où, ils sont repartis sans crier gare. Dans la Zone qu’ils ont occupée pendant des années sans jamais correspondre avec les hommes, ils ont abandonné des objets de toutes sortes. Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles. Objets que les stalkers viennent piller au risque de leur vie, comme une bande de fourmis coloniserait sans rien y comprendre les détritus abandonnés par des pique-niqueurs au bord d’un chemin.

Adapté au cinéma en 1979 par Andreï Tarkovski, Stalker (ou Pique-nique au bord du chemin) est le chef-d’oeuvre des frères Strougatski. Un roman qui a eu un tel impact sur le XXe siècle que c’est sous le surnom de stalkers qu’on connaît désormais les hommes et femmes qui ont étouffé le coeur du réacteur en fusion de Tchernobyl, entre le 26 avril et le 16 mai 1986.

Les Auteurs (d’après Wikipedia)

Les frères Arcadi et Boris Strougatski (Arcadi 1925-1991 et Boris 1933-20121) sont des écrivains soviétiques de science-fiction. Arcadi était traducteur pour l’armée, spécialisé notamment dans le japonais. Son frère cadet Boris devient pour sa part astrophysicien. Leurs métiers se complétant, ils collaborent à partir de 1958 pour écrire de la science-fiction.

Dans leurs romans, ils cherchent un idéal, mais n’épargnent pas le régime soviétique qui commence à les censurer en 1969. Ils écrivent alors clandestinement une partie de leur œuvre, partiellement diffusée sous le manteau, puis publient de nouveau au grand jour dans les années 1980 avec la glasnost ; leurs œuvres seront traduites et publiées par les éditions officielles soviétiques,  ce qui permit de les faire connaître au-delà des frontières de leur pays.

Mon avis

Stalker, sous-titré Pique-nique au bord du chemin, est un récit de SF assez atypique. Parce qu’il parle d’extra-terrestres, certes, mais sans que l’humanité n’interagisse avec eux. Des aliens qui n’ont fait sur notre planète qu’un arrêt rapide, y laissant quelques déchets avant de repartir, comme des automobilistes faisant une pause casse-croûte. D’où le titre Pique-nique au bord du chemin. Bien sûr, il y a là une frustration, voulue et assumée par les auteurs, mais l’enjeu du roman n’est pas de décrire une interaction entre humains et E.T., il s’agit au contraire de s’intéresser aux agissements de nos concitoyens face à des objets aux formes et aux usages inconnus.

Ainsi, les stalkers bravent les dangers d’une des zones d’atterrissage d’un vaisseau alien, où les lois de la physique ont été modifiées au point d’y créer des pièges mortels, afin d’y récupérer des artefacts qu’ils revendront au marché noir, plutôt que de laisser les scientifiques ou les militaires y avoir accès. Cupidité, misère, malveillance et désespoir sont au rendez-vous du quotidien de l’un d’eux, Redrick Shouhart, dont l’enfant a subi des mutations. Mais aussi espoir, avec  la « Boule d’or », objet suprême capable d’exaucer tous les voeux ? A moins que ce ne soit qu’un mythe ?

Dense, concis, Stalker nous interroge sur notre réaction face à des choses qui nous dépassent. Et que penser de ces aliens qui sont repartis sans même accorder un minimum d’intérêt à l’Homme, tel un insecte ignoré ? Comment interpréter et réagir à cette indifférence ?

Considéré comme un chef d’oeuvre (qui a par ailleurs donné son nom à ceux qui ont travaillé à Tchernobyl après la catastrophe, et a inspiré un jeu vidéo) je n’irai pas jusqu’à classer Stalker ainsi, mais je reconnais sa force, sa concision, l’ambiance qu’il crée et la puissance de son propos, ainsi que celle des frustrations que le récit engendre. Atypique, comme je le disais, au milieu d’une bonne partie de la production de S.F. qui nous abreuve allègrement d’aliens, alors qu’ils sont ici absents, du moins directement. Un très bon livre, qui mérite le détour (au bord du chemin).

Je chroniquai il y a peu le Guide Post-Apocalyptique, qui laissait une large part à une exposition consacrée au film Stalker (et même si le livre n’est pas un « vrai » post-apo, il en a par moment des airs). Il ne me reste plus qu’à le voir…

En postface, Boris Strougatski nous conte les difficultés qu’il eût, avec son frère, à faire publier le roman. C’est un peu daté, et fait référence à de nombreuses personnes (toutes ?) qui me sont inconnues. Au delà de cette postface assez aride, cela m’a néanmoins fait réfléchir aux difficultés à écrire de la S.F. dans les anciens pays de l’Est à l’époque (les années 70-80), et à la méconnaissance que j’ai, comme de nombreux occidentaux, de la plupart de ses oeuvres et de ses auteurs. J’en parlai d’ailleurs à l’occasion du Challenge « SFFF venue de l’Est ». Je ne saurais trop renvoyer – encore – vers le site Russkaya Fantastika (dont les auteurs sont par ailleurs impliqués dans cette édition de Stalker).

A lire aussi les avis de : Lorhkan AcrO livrementGromovarNébalBlog-o-livre – …

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9 réflexions sur “ Stalker – Arcadi et Boris Strougatski ”

  1. Je suis contente de l’avoir lu, du simple fait de sa renommée. Mais si j’ai apprécié le principe du livre, j’ai été frustrée car je pensais que nous allions partir à la découverte de la Zone 🙂

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  2. Je n’avais pas été super emballé, avec cette écriture âpre et difficile. Comme toi je reconnais la consistance du roman, il y a un vrai contenu solide et un fond intelligent et réfléchi, et pourtant, ça n’a pas vraiment fonctionné pour moi.

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    1. C’est vrai que le style n’est pas très fluide, je m’y suis fait. J’ai vu que les avis sont finalement assez mitigés pour ce livre considéré comme un chef d’oeuvre, je pense que son statut s’effrite à l’épreuve du temps.

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  3. C’est un livre que j’ai vraiment aimé en raison de toutes les zones d’ombre, de l’âpreté de la vie quotidienne des stalkers, de l’insignifiance terrible qui s’en dégage.
    Mais j’ai préféré Il est difficile d’être un dieu, une critique ouverte et acerbe du totalitarisme.

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