L’Ile des Morts (Intégrale) – Roger Zelazny

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Mon premier contact avec  Roger Zelazny ne s’est pas très bien passé, avec le premier tome des Neuf Princes d’Ambre, qui ne m’a pas laissé de souvenir impérissable (oui, haïssez-moi !), je m’inquiétais un peu de le relire dans des récits des années 60-70.

Résumé

(source éditeur)

Bien que son corps soit celui d’un homme jeune, Francis Sandow est le doyen de l’espèce humaine. Il a exercé la fascinante profession d’astro-façonneur, devenant l’un des hommes les plus fortunés de la galaxie. Mais surtout, il est l’un des vingt-six Noms vivants, car en lui réside la personnalité du dieu Shimbo.

Sur un monde qu’il a façonné, Francis Sandow a édifié un étrange sanctuaire : l’Île des Morts. Depuis ce lieu, un inconnu rappelle à la vie plusieurs de ses amis et ennemis trépassés. Contraint d’abandonner son monde de luxe et d’oisiveté, il prend conscience qu’il devra affronter le danger le plus mortel de sa très longue existence…

L’Île des Morts est le joyau de l’œuvre passionnante, flamboyante tout autant qu’intelligente, de cet auteur considéré comme l’un des plus grands créateurs de la science-fiction.

Pour la première fois, une édition intégrale regroupe les deux romans ainsi que les cinq nouvelles se déroulant dans le même univers. L’ensemble esquisse une histoire de l’expansion humaine parmi les étoiles.

L’écrivain Timothée Rey, fin connaisseur de l’oeuvre de Roger Zelazny, a préfacé l’ouvrage et a établi un glossaire complet de cette fresque unique par ses visions et sa profondeur, comme seule la science-fiction sait en inventer.

L’Auteur

(source éditeur)

Après des débuts dans la poésie, Roger Zelazny (1937-1995) obtient un vif succès dès son premier roman, Toi, l’immortel. Son oeuvre peut se saisir comme une relecture des mythes, qui n’hésite pas à croiser la religion, la magie et la technologie. Il est mondialement célébré pour sa série des Princes d’Ambre. Il a remporté six prix Hugo, devenant ainsi l’un des auteurs de science-fiction les plus récompensés.

Mon avis

Cette intégrale de l’Ile des Morts comprend en fait 5 nouvelles et deux courts romans, avec des liens plus ou moins forts entre eux et surtout autour du personnage principal qu’est Francis Sandow.

En cet instant de la tempête conte l’histoire d’un policier surveillant des drones, qui est en fait un voyageur spatial se déplaçant régulièrement en animation suspendue. Ces voyages, en décalage temporel avec le reste de l’Humanité, lui donnent un âge théorique avancé ! Une immense tempête l’incitera peut-être à se fixer sur sa planète actuelle ? Un récit qui esquisse la façon dont Zelazny imagine une expansion humaine dans l’espace et qui est plutôt convaincant (et préfigure certains aspects des textes suivants).

Cette montagne mortelle raconte une histoire… d’alpinisme ! Une montagne immense, sur une planète éloignée, attise l’envie de conquête du héros. Accompagné d’amis, il va défier les mystérieux gardiens de la montagne et en découvrir les secrets lors d’un twist final assez original.

Lugubre lumière : un court texte qui voit un ancien prisonnier décider de rester sur une planète terraformée par un certain Francis Sandow, alors que tout le monde l’évacue et qu’elle est en passe de destruction ! Le héros du cycle apparaît enfin, fugacement. Les deux textes précédents servant en fait à montrer l’évolution de la conquête spatiale et de la création de nouveaux mondes, selon Zelazny.

L’Île des morts est un court roman dont Sandow est cette fois pleinement héros et bel et bien présent. L’humanité a colonisé l’espace et a rencontré d’autres espèces extra-terrestres. Sandow, doyen de l’humanité suite aux voyages spatiaux, immensément riche, télépathe puissant, porte également en lui l’un des 27 dieux des aliens Pei’ens (rien que ça !). Un ennemi inconnu pervertit son havre de paix, une petite planète qu’il a terraformée, pour y faire revivre ses amis et amours, et l’y attirer. Un récit très pulp mêlé de philosophie et empli d’action et de révélations.

Le Sérum de la déesse bleue est le second (court) roman du cycle. Heidel von Hymack, alias H, qui possède le pouvoir d’une déesse. Il peut capter les maladies, les concentrer en lui puis les purger lors d’une transe pendant laquelle il doit s’isoler, étant hautement toxique à ce moment-là. Son sang, le fameux sérum du titre, permet de guérir ceux à qui il est injecté. Le roman suit également Malacar Miles, un soldat qui ne peut se résoudre à la défaite de son camp dans une guerre galactique qui a vu la Terre devenir inhospitalière. Il s’y cache cependant, au milieu des ruines, et prépare des actions de vengeance. H va commencer à répandre les maladies au lieu de les soigner, et il faudra l’intervention de Sandow (et de son dieu) pour résoudre le problème dans un combat qui se déroule sur plusieurs plans. Zelazny mêle ici guerre, terrorisme, déités

Les Furies présente dans une courte nouvelle un trio improbable (un tueur, un infirme et un parapsychique) sur la piste d’un criminel galactique. Un texte assez décevant.

Clefs pour décembre, un texte assez court, se rattache peu aux autres si ce n’est par une vision qu’a Zelazny de la conquête spatiale. Ici c’est un humain modifié pour vivre dans des conditions extrêmes qui met en place un plan millénaire afin de transformer une planète pour correspondre à son métabolisme (et à celui de ses semblables). Une durée longue vécue par le biais d’hibernations et de pauses régulières, nécessaires aux ajustements, tandis que les organismes évoluant sur la planète en viennent à prendre le héros pour un dieu.

Bien qu’ils soient parfois un peu datés (on fume beaucoup de cigarettes ou de cigares, on boit pas mal de cognac et on se sert toujours du téléphone dans le lointain futur…), il faut reconnaître à Roger Zelazny une sacré gouaille et un sens de la formule, certains passages étant remarquables de concision, description et humour. Les récits présentent une belle brochette de personnage exubérants et truculents, et même s’il en fait parfois un peu trop, l’auteur arrive à mêler de façon relativement homogène des éléments a priori disparates, tels que la colonisation spatiale, la guerre galactique, les extra-terrestres, les pouvoirs psychiques, le transhumanisme et bien entendu une vision de la théologie, avec des dieux aux pouvoirs concrets qui s’incarnent au travers d’individus (humains ou pas). Tout au plus peut-on regretter que le contexte soit parfois plus esquissé que décrit, on n’apprendra pas tant de choses que cela sur Sandow, par exemple, et il n’apparaît pas dans tous les textes.

Un ensemble qui m’a permis de redécouvrir l’auteur sous un autre angle, avec une édition qui se veut définitive. Fort bel objet à couverture rigide et signet, ce volume comprend aussi un abondant glossaire, de nombreuses notes, une préface (à lire à la fin, comme souvent) érudite – parfois un peu trop pour mes maigres connaissances. On saluera donc le travail de Timothée Rey et de Mnémos qui rend bien hommage à l’auteur.

D’autres avis : ApophisLorhkan – …

 

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14 réflexions sur “ L’Ile des Morts (Intégrale) – Roger Zelazny ”

  1. Ambre m’est tombé des mains et cette histoire ne me tente pas non plus. Trop absconse et complexe j’ai l’impression. Rien qu’à voir le pitch, non pas pour moi 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Je l’ai! Je l’ai! Je l’ai!
    J’ai commencé et je vais le lire peu à peu. Je n’ai achevé que la préface! 😉
    Super critique qui confirme que j’ai eu du nez!

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  3. Excellent volume, avec un joli travail éditorial, bien qu’imparfait (le classement thématique n’est pas des plus pratique, et je n’arrive pas à savoir si cet « univers cohérent » est vraiment du fait de l’auteur ou juste un amalgame fait par l’éditeur pour lui donner une cohérence qu’il n’a jamais vraiment eue…).
    Zelazny c’est le bien, ça se lit tout seul, mais effectivement c’est de la SF « différente » de ce qu’on connaît aujourd’hui. N’empêche, c’est d’la balle ! 😀

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    1. Les liens sont parfois capillotractés, en fait c’est intéressant parce que certaines nouvelles semblent les esquisses des romans, par exemple.
      Je ne connais pas assez Zelazny mais ce recueil m’a réconcilié avec lui…

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  4. Moi j’aime bien Ambre d’abord 😛 (mais bon je l’ai lu au lycée, ça aide sûrement). J’ai jamais osé lire le reste de l’oeuvre de Zelazny par contre… un jour peut-être.

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