Kirinyaga – Mike Resnick

Kirinyaga-mike-resnick

En ayant lu de bonnes critiques, j’avais acheté Kirinyaga depuis un moment, j’ai profité du Challenge Lunes d’Encre pour le sortir de ma PAL !

Résumé

(source éditeur)

La série de nouvelles la plus récompensée de l’histoire de la science-fiction, réunie pour la première fois en France dans son intégralité.

Kirinyaga est le nom que portait le mont Kenya à l’époque où y siégaient encore Ngai, le dieu des Kikuyus. C’est aussi, en ce début du XXIIe siècle, l’une des colonies utopiques qui se sont créees sur des planétoïdes terraformés dépendant de l’Administration.
Pour Koriba, son fondateur – un intellectuel d’origine kikuyu qui ne se reconnaît plus dans un Kenya profondément occidentalisé –, il s’agit d’y faire revivre les traditions ancestrales de son peuple, en refusant coûte que coûte ce qui pourrait menacer la permanence de cette utopie africaine. Mais que pourra-t-il bien faire quand une petite fille surdouée voudra apprendre à lire et à écrire alors que la tradition l’interdit? Ou lorsque la tribu découvrira la médecine occidentale et cessera de croire en son dieu, et donc en son sorcier?

L’Auteur

(d’après Wikipédia)

Michael Diamond Resnick, né le 5 mars 1942 à Chicago, plus connu sous le nom de Mike Resnick, est un auteur américain de romans et nouvelles de science-fiction.

Une partie de sa production littéraire est inspirée par l’Afrique. C’est le cas d’Ivoire ou de Kirinyaga, et aussi de la trilogie L’Infernale Comédie que constituent Paradis, Purgatoire et Enfer, où Resnick transpose (de façon transparente) sur de lointaines planètes l’histoire de la décolonisation de plusieurs pays d’Afrique anglophone.

Mon avis

Kirinyaga est une utopie africaine, sous forme d’un recueil de nouvelles publiées séparément et qui se complètent (un fixup, donc), avec de plus un prologue et un épilogue. Bien que l’action se passe dans l’espace, sur un astéroïde terraformé pour reproduire la savane africaine du Kenya, on ne s’attardera pas vraiment sur l’aspect technique ou spatial de la chose.

Des colons sont venus de la Terre, des années auparavant, pour tenter de créer sur leur propre astéroïde une utopie africaine, celle du peuple des kikuyus, une des tribus qui peuplaient ce qui est ensuite devenu le Kenya. Et rejeter ce qu’est devenu ce pays, « pollué » par les européens qui ont fait peu à peu disparaître sa culture et même ses paysages sous le béton et les usines, tandis que les animaux de la savane y sont quasiment tous en cage.

Le héros, Koriba, est le sorcier du village, c’est lui qui soigne les habitants et surtout qui veille au respect des traditions séculaires de son peuple. Il limite ses interactions avec l’extérieur de son petit monde et la modernité au minimum. Tout au plus corrige-t’il via son ordinateur l’orbite du planétoïde afin de modifier le climat (et faire croire en ses divinations et pouvoirs !), mais il refuse farouchement tout apport moderne, tout changement, même s’il s’agit de laisser mourir les malades ou les plus fragiles.

Gardien du dogme, il refuse de céder aux coups de boutoirs, que ce soit son apprenti qui veut faire évoluer les choses, une petite fille surdouée qui maîtrise son ordinateur (et veut changer la condition des femmes dans le village), un kenyan extérieur qui s’impose comme chef ou encore un médecin blanc qui veut porter assistance à son peuple. Du respect des traditions à la destruction, il n’y a parfois qu’un pas comme Mike Resnick nous le montre avec un récit atypique, peuplé de fables populaires, de dictons africains d’allégories de toutes sortes, et d’un humour sous-jacent. Jusqu’au changement forcé, qui montre que l’immobilisme mène vers la mort, et qu’on ne peut refuser d’évoluer (et qu’on ne peut vivre en cercle fermé).

Pour autant, malgré ses défauts et son intransigeance, on ne peut pas vraiment rejeter Koriba, qui se révèle attachant alors même qu’ il défend des pratiques archaïques et rétrogrades comme le refus des soins, l’excision ou la polygamie. Mais peut-il imposer durablement son rêve quand tout son peuple en souffre et le rejette ?

Lisibles séparément, les nouvelles forment une trame qui s’étale sur plusieurs années et est vraiment intéressante, avec un sentiment d’amertume.

L’édition Lunes d’Encre comprend également une novella qui a déjà parue dans un numéro de la revue Bifrost. Titrée Kilimandjaro, ce récit fait écho à celui du peuple kikuyu. Cette fois, ce sont les masaïs, un autre peuple kényan, qui créent leur utopie et essayent de ne pas tomber dans les travers des kikuyus. Pas facile de créer un gouvernement qui respecte tout le monde, d’écrire une constitution, de garantir les droits des femmes, de ne pas céder au racisme (l’histoire du blanc qui guet les rejoindre est assez saugrenue)… Certaines scènes sont vraiment amusantes et l’ironie est sous-jacente. Moins prenante que les nouvelles de Kirinyaga, cette novella reste d’un bon niveau et apporte un contrepoint intéressant.

Pour une première lecture de Mike Resnick, je suis agréablement surpris par ces récits vraiment réussis et par le style de l’auteur, et je pense lire d’autres récits de sa plume.

D’autres avis : Blog-o-livre – Lorhkan1Lorkhan2Naufragés VolontairesNeverwhere – Un Papillon dans la Lune – …

Une quatrième lecture pour le  Challenge Lunes d’Encre  !challenge-lunes-d-encre-denoelEt un combo avec le Summer Star Wars !

challenge summer star wars rogue one

 

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17 réflexions sur “ Kirinyaga – Mike Resnick ”

  1. Chef d’oeuvre !
    De Resnick, toujours dans sa veine africaine, je recommande aussi le très bon recueil « Sous d’autres soleils » (à chercher en occasion, pas dispo en neuf).
    Et j’ai aussi sur ma PAL sa trilogie « L’infernale comédie » (rééditée récemment par ActuSF), recommandée par plein de monde. 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Je confirme ; j’ai lu la trilogie de l’infernale comédie au lycée (il y a des années maintenant). C’est une excellente lecture, pas simplement divertissante, mais qui m’a ouvert les yeux sur toute l’histoire africaine depuis la colonisation. Une trilogie riche et humaniste à souhaite. Incontournable. Kirinyaga a l’air d’être aussi dans cette veine ; je vais essayer de me le dégoter et de le lire. Merci pour la chronique !

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  2. J’ai pas encore lu celui-ci, mais l’infernale comédie était une bone surprise, faudra que je continue de lire cet auteur

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  3. Je suis bien tenté par « L’infernale comédie » mais son volume m’a un peu rebuté. Kirinyaga était une bonne occasion de commencer avec l’auteur !

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  4. Je l’avais vu passer, sans m’y attarder, mais ton avis ravive mon intérêt. Je note direct dans mes envies, des nouvelles intelligentes et de qualité traitant de cultures souvent délaissées, je prend.

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  5. J’avais lu, il y a longtemps, Ivoire (une enquête policière menée par un policier du futur, à la recherche des défenses sacrées des Masaïs), et L’infernale comédie, et j’avoue que, si mes souvenirs ne sont pas très précis, j’ai toujours gardé un excellent souvenir de ces lectures !!!

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