Dr Adder – K.W. Jeter

Dr Adder - K.W. Jeter - ActuSF

Alors qu’il traînait dans la PAL depuis plusieurs mois, le Dr Adder en est sorti, à la force du scalpel, pour participer au challenge #S4F3s3. Saignant…

Résumé

(source éditeur)

L.A. est partagé entre d’un côté la Zone-Rat, où échouent les marginaux et les membres du Front de libération, et de l’autre le comté d’Orange, repaire des nantis drogués à leur poste de télévision. Entre les deux, l’Interface, zone neutre où déambulent les putes modelées selon les désirs et pulsions secrètes des clients par le bistouri du Dr Adder, idolâtré par certains, voué aux gémonies par d’autres.

E. Allen Limmit a quitté son Phoenix natal et son Unité de ponte pour vivre lui aussi la grande aventure de L.A. Poussé à rencontrer le fameux chirurgien, il ne se doute pas qu’il va être pris entre les feux croisés du docteur et ceux de son ennemi juré, John Mox, télévangéliste à la tête de l’armée des Forces morales au sein d’une ville à l’âme aussi vérolée que désespérée…

Encensé par Philip K. Dick qui s’est battu pour qu’il soit publié, Dr Adder est devenu un classique. Écrit dix ans avant Neuromancien de William Gibson, ce roman annonce la vague cyberpunk qui changera à jamais la littérature américaine. Trente ans après sa parution, il n’a rien perdu de sa virulence, de sa crudité et de sa pertinence.

Editeur : ActuSF – Parution : novembre 2014 – 312 pages

L’Auteur

(source Wikipédia)

Kevin Wayne Jeter, né le 26 mars 1950 à Los Angeles en Californie, est un écrivain américain de science-fiction et d’horreur. Il a écrit une série de romans dans les univers de Star Trek et de Star Wars, et a écrit trois suites à Blade Runner.

K. W. Jeter a écrit l’un des premiers romans cyberpunk, Dr Adder. Il est avec ses amis Tim Powers et James Blaylock, à l’origine du steampunk.

Mon avis

Étrange roman que ce Dr Adder, qui nous permet de faire la connaissance de ce chirurgien célèbre de la région de Los Angeles, dans un futur proche où les USA (et le reste du monde ?) sont en déliquescence. Le héros, au nom étrange de E. Allen Limmit, est chargé de convoyer une mallette au contenu mystérieux dans l’Interface, zone interlope qui sert de frontière entre la Zone-Rat (habitée par les pauvres et les rejetés) et le Comté d’Orange (peuplé par les nantis abrutis par la télé et la religion – pour info, le comté est connue pour la ville d’Anaheim, où est implanté Disneyland, on y fera un petit tour…). Cette Interface sert de soupape, on y rencontre les pires fantasmes de l’humanité, surtout sexuels, et c’est là qu’officie le Dr Adder, un chirurgien qui se sert de drogues pour connaître les désirs les plus secrets de ses sujets, et y répondre à coups de bistouris, de mutilation ou de greffes les plus extrêmes.

Citant en préface le courrier d’un lecteur de Penthouse, qui réclamait des photos de femmes amputées, Jeter s’en inspire pour critiquer vertement la société américaine. Une critique à replacer dans le contexte de son écriture, en 1973, même si le livre sera longuement refusé et ne trouvera un éditeur qu’en… 1984 et ce, malgré l’aide de P.K. Dick (qui y a un rôle secondaire) ! D’un côté, une Amérique qui crève la faim et vit dans la misère, de l’autre des riches qui s’enterrent dans des pyramides où ils vivent, amorphes et gavés de télé et de religion. Un récit punk, souvent grossier et rempli de pornographie, qui malmène tout le monde, et est axé sur le sexe, ses perversions et extrémismes, dans un pays où ceux-ci coexistent avec une ferveur religieuse qui s’insinue jusque dans les postes de télévision, via les télévangélistes, phénomène qui décolla dans les années 70.

Au milieu de tout cela, balloté par les événements, le pauvre E. Allen Limmit subit plus qu’il n’agit, et découvre l’envers du décor. Enfin des décors, puisqu’il passe d’un monde à l’autre, manipulé par le commanditaire qui veut le faire livrer sa mallette à Adder. Mais aussi par le chirurgien, qu’il va finir par aider à contrecoeur mais en fait sans trop de réticences.

La postface éclairante de René-marc Dolhen remet le roman dans son contexte, avec une SF qui semblait à l’époque à bout de souffle (la fin de l’Age d’Or ?) et qui vit l’émergence de nouveaux conteurs, tels Jeter et ses amis James Blaylock et Tim Powers. D’ailleurs, l’auteur laisse une place importante aux vieux magazines pulps, aux auteurs moribonds et même à un étrange visiteur extra-terrestre. La montée en puissance de l’informatique, et sa démocratisation, qui ont engendré les débuts du cyberpunk. Et si Jeter rejette le terme pour ses œuvres, il faut pourtant bien reconnaître qu’on en trouve les prémisses ici, notamment via les connexions omniprésentes, les réseaux câblés et la projection – ou la survie – de certains personnages dans les serveurs.

Un récit atypique, aussi intéressant que perturbant, qui fait que je n’arrive même pas vraiment à savoir si je l’ai aimé ou pas, tellement il est parfois déroutant. Punk, je vous dis 🙂 Et en tout cas le reflet d’une époque, d’une vision instantanée, qui s’est sans doute un peu émoussé depuis son écriture, mais a dû paraître choquant à l’époque. Le livre peut être considéré comme le début d’une trilogie, il est en suivi de romans indépendants mais qui abordent des thèmes complémentaires : Le marteau de verre et Instruments de mort.

A noter en fin d’ouvrage, outre l’intéressante postface déjà évoquée, une bibliographie sélective, une courte interview de K.W. Jeter (qui ne semble pas vraiment coopératif !) et enfin une bibliographie exhaustive. De quoi assurément mieux connaitre cet auteur atypique qui a par ailleurs énormément écrit sur commande, avec des romans de licences telles que Star Wars, Star Trek ou Blade Runner, ce qui semble assez contradictoire après celui-ci !

D’autres avis : Le BibliocosmeJust A Word – Quoi de neuf sur ma pile – …

Cinquième chronique pour le challenge « maison » Summer Short Stories of SFFF saison 3

Challenge Summer Short Stories of SFFF - saison 3

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