Kallocaïne – Karin Boye

 

kallocaine-karin-boye

Retour aux sources de la dystopie avec Kallocaïne, l’un de ses précurseurs.

Résumé

(source éditeur)

Dans une société où la surveillance de tous, sous l’œil vigilant de la police, est l’affaire de chacun, le chimiste Leo Kall met au point un sérum de vérité qui offre à l’État Mondial l’outil de contrôle total qui lui manquait. En privant l’individu de son dernier jardin secret, la kallocaïne permet de débusquer les rêves de liberté que continuent d’entretenir de rares citoyens. Elle permettra également à son inventeur de surmonter, au prix d’un viol psychique, une crise personnelle qui lui fera remettre en cause nombre de ses certitudes. Et si la mystérieuse cité fondée sur la confiance à laquelle aspirent les derniers résistants n’était pas qu’un rêve ?

On considère Kallocaïne, publié en 1940 en Suède, comme l’une des quatre principales dystopies du XXe siècle avec Nous autres (Zamiatine, 1920), Le Meilleur des mondes (Huxley, 1932), et 1984 (Orwell, 1949).

Editeur : Hélios Les Moutons Electriques – Traduction : Leo Dhayer – Date de parution : janvier 2016 – 240 pages

L’Auteur

(source éditeur)

Poétesse remarquable et personnalité attachante, Karin Boye a foulé le sol suédois pour lui imprimer son empreinte littéraire entre 1900 et 1941. Conclue par une mort tragique dans une époque qui ne l’était pas moins, sa vie fut marquée par ses engagements en faveur de la liberté d’agir, de penser, d’exister.

Mon avis

Kallocaïne n’a pas la même notoriété (en tout cas en France) que Le Meilleur des Mondes (qu’il suit de huit ans) ni de 1984 (qu’il précède de neuf ans). Et pourtant il s’agit ici d’une dystopie (ou contre-utopie) glaçante, surtout si on le replace en 1940, date de sa parution.

Dans une ville souterraine déshumanisée et réduite à sa plus simple expression fonctionnelle, la Ville de Chimie n°4, Léo Kall, chimiste de son état, met au point une drogue qui désinhibe complètement celui à qui on l’a injecté. Il livre alors ses secrets les plus intimes, sans retenue. Et en gardant ensuite plein souvenir de ce qu’il a pu divulguer…

Léo, un être idéaliste (et que j’ai trouvé parfaitement déplaisant), voudrait que tous les citoyens soient pleinement soumis aux désirs de l’Etat Mondial, le gouvernement qu’il adore, et qui porte d’ailleurs mal son nom puisqu’il est en conflit depuis des années avec un autre pays ! Ah, propagande, quand tu nous tiens…

Le récit est présenté sous la forme d’un livre, les mémoires de ce Léo, qui raconte son histoire et la mise en place de la drogue, qu’il a baptisée kallocaïne en référence à son nom. Son quotidien, ses rêves et ses espoirs nous sont détaillés, mais aussi ses frustrations, que ce soit professionnelles ou familiales. Pétri d’ambition, jaloux de son chef, muré dans l’image qu’il se fait d’un citoyen exemplaire, inexpressif vis à vis de sa femme et de ses enfants… Car ce serait reconnaître une faiblesse dans un monde où chacun doit effacer son individualité et ses aspirations pour le bien commun et supérieur de la nation. Léo est un névrosé qui vise l’excellence quel qu’en soit le moyen, même le plus ignoble, mais finalement se rend compte qu’il est lui-même coupable de ce qu’il reproche aux autres.

Que peut faire un état totalitaire d’une drogue qui lui permet de connaître les pensées les plus intimes de chaque citoyen ? Dénonciation, arrestations et interrogatoires, tout autant que jugements expéditifs deviennent rapidement la norme. Et ironiquement, la graine du doute est ainsi semée dans l’esprit de ceux qui sont sûrs d’eux. Quelle est donc cette cité perdue où certains vivraient en paix ? Qui sont ces gens qui se rassemblent pour parler librement, sans l’oeil et le micro omniprésent des habitations et des bureaux ? Quel est ce chef mythique qui les auraient inspiré ? Rumeurs, réalités, fantasmes minent les certitudes des bourreaux.

Dans un décor claustrophobique qui n’est pas sans rappeler les heures sombres du stalinisme (l’autrice venait de visiter Allemagne nazie et U.R.S.S.), avec un climat de paranoïa aiguë liée à la mise sous observation de tous, à tout moment (y compris dans la chambre à coucher !), Karin Boye dresse le portrait d’un homme tourmenté, tiraillé entre son désir d’excellence et sa nature bien moins parfaite. Au point de passer sur tous ses principes, de commettre les actes les plus abjects, de servir bassement un Etat qui exploitera ses connaissances pour un but terrifiant.

Si le style est parfois un peu plat, et les digressions un peu longues, il faut se remémorer la date de parution de ce roman qui n’a pas pris une ride (la traduction a été refaite en 2016), d’autant que l’autrice ne l’avait ni daté, ni localisé. Par précaution envers la censure, certes, mais cela lui donne une sorte d’intemporalité qui l’empêche de vieillir d’autant que les thématiques sont encore, hélas, d’actualité dans certains endroits du monde. Mais en plus de l’aspect totalitaire, il comporte aussi une certaine vision des relations entre mari et femme, de l’incompréhension, des fantasmes, craintes, non-dits qui peuvent exister entre deux êtres. Et suscite cependant quelque espoir, enfoui au fond de chacun, considérant que le désir de liberté finira toujours par resurgir.

Certes, le thème de la dystopie n’est plus novateur de nos jours, mais le méconnu Kallocaïne fait partie des références du genre et se révèle encore et toujours, malheureusement, d’une actualité inquiétante.

A noter aussi une courte mais intéressante postface du traducteur qui présente un peu plus l’autrice et son oeuvre.

D’autres avis : Au Pays des Cave Trolls – Just a WordNébalQuoi de Neuf sur ma Pile – …

Publicités

16 réflexions sur « Kallocaïne – Karin Boye »

  1. Je n’avais pas du tout envie de lire ce livre qui m’avait été envoyé en bonus du financement participatif mais vu comment tu démarres ta chronique….je vais peut-être m’y pencher sérieusement alors merci pour avoir suscité mon intérêt ^^

    J'aime

  2. Je n’avais pas du tout repéré ce titre autre que par les nombreuses critiques que j’ai vu passer mais pas toujours lues. Ton avis m’a fait changé d’avis : il faudrait que je le lise. J’aime beaucoup les dystopies, 1984 m’avait donné la chair de poule et si je n’ai pas de très grands souvenirs du meilleur des Mondes c’est aussi que je l’ai lu il y a 15 ans.

    J'aime

  3. Déjà vu ce roman. Je sais qu’il fait désormais partie des référence du genre dystopique mais, il y a toujours une petit truc qui fait que je n’ai pas trop envie.
    En fait, la dystopie »pure » me déprime.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s