Bifrost 90 : Edmond Hamilton

Bifrost 90 Edmond Hamilton

Le Bifrost nouveau est sorti, et est cette fois dédié à Edmond Hamilton, un auteur dont je n’ai entendu parler que récemment (honte à moi) par la sortie des livres de Capitaine Futur au Bélial, ledit capitaine ayant inspiré le célèbre Capitaine Flam.

Les nouvelles

Le Berceau de la création de Edmond Hamilton : une visite aux confins de l’univers, quasiment sur les « lieux » du big bang, où des Gardiens disparus ont abandonné une machine à créer des mondes. Ne manque plus que Green Lantern, mais en son absence c’est un équipage hétéroclite (celui du capitaine Futur) qui va empêcher un scientifique exalté de jouer à Dieu. Un style de récit qui ne me convient visiblement pas.

Les Torches de Michael Rheyss (pseudonyme de Ugo Bellagamba): un hommage à la SF russoviétique, à une époque où elle pouvait potentiellement interagir ou influer sur l’américaine. Hommage aux pulps, aussi, comme sensibilisation des masses à l’avenir possible, et surtout comme source d’inspiration et de motivations pour les plus jeunes (voire les moins jeunes, d’ailleurs).

Comment c’est là-haut ? de Edmond Hamilton : le meilleur texte de ce numéro, une nouvelle qui montre en quelque sorte l’envers du décor des pulps, la « réalité » étant souvent bien loin de la fiction ou encore des discours officiels. Un texte dont la première mouture a été repoussée car elle n’était pas dans le ton de l’époque, et qui est paru en des temps moins naïfs et optimistes.

Les rubriques

Objectif Runes : les critiques des livres à lire (ou pas). J’ai relevé quelques titres, sans vraiment de priorité puisque je mets ma PAL au régime. Le cahier critique se poursuit ici.

Le dézinguage coin des revues par Thomas Day : toujours virulent, souvent de mauvaise foi, j’en viens à survoler tant l’utilité de la rubrique m’échappe de plus en plus. Pourquoi faire la critique numéro après numéro de revues quasi-systématiquement jugées mauvaises ? Sauvons quelques points de SAN au rédacteur !

Paroles… d’illustrateur : Melchior Ascaride. Le très doué dessinateur/graphiste qui signe notamment les couvertures récentes des Moutons Electriques revient sur son parcours et sa façon de travailler. Et sur Tout au milieu du monde que j’avais beaucoup apprécié. Et en plus dans la vraie vie il est sympa ! Et en plus il a une actu sur Ulule (ça aurait été bien de le glisser dans Bifrost) – NDLR visiblement ça n’a pas fonctionné…

Scientifiction : The Thing, la chose d’un autre monde. Horreur, évolution, paléo-archéologie et épidémiologie sont sollicitées par cette autopsie des monstres qu’on aime craindre.

Dossier Edmond Hamilton

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas vraiment client des récits « pulps » de l’Âge d’Or de la S.F. et pas spécialement nostalgique de Captain Flam non plus, c’est donc d’un oeil, enfin de deux yeux, circonspect(s) que j’ai feuilleté la revue. Pourtant, j’en aime parfois l’esthétique (cf le logo du challenge « maison » S4F3 par exemple) et j’apprécie les récits de super-héros qui sont parfois, voire souvent, de cette veine. Mais sur des romans, bof !

Avec des récits écrits entre 1926 et 1977, l’oeuvre de Hamilton est parcourue en détail (avec un peu trop de digression parfois) et c’est surtout une plongée dans la période mouvementée des pulps qui est décrite, avec les nombreuses revues qui l’ont émaillé et les auteurs qui l’ont fait vivre (je n’en connais que peu, par contre). Leigh Brackett, l’épouse de Hamilton, revient ensuite sur la carrière de son mari, puis un article est dédié au héros le plus connu associé à l’auteur, Cap(i)tain(e) Future, qu’il n’a d’ailleurs pas créé. Enfin, sa période scénariste de comics est abordée, on y lit la filiation ou la concurrence entre les médias pulp et comic book et l’empreinte de Hamilton sur Batman ou surtout Superman (un personnage inspiré par son nom a d’ailleurs été créé plus tard et est même présent dans le film Man of Steel). Suit le guide de lecture, avec une production finalement peu traduite en français (le Bélial s’efforçant d’y pallier) au regard de son abondante bibliographie : 44 romans et 250 nouvelles !

En résumé, un numéro qui ne me donne pas forcément envie de lire Hamilton mais est intéressant par l’histoire qu’il relate, l’Histoire même, en revenant à la genèse de la science-fiction tendance space opera via les pulps avec les aventures les plus spectaculaires et mouvementées que le genre ait pu connaître.

A noter aussi la belle couverture de Philippe Gady dans un style « néopulp ».

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5 réflexions sur « Bifrost 90 : Edmond Hamilton »

  1. Moi je l’aime bien Thomas Day. Dans un milieu, la critique littéraire, de plus en plus aseptisé, il fait souffler un vent d’anti-politiquement correct que j’apprécie beaucoup. Et puis ça colle avec le caractère entier mais foncièrement sympathique du bonhomme. Après, dans Bifrost, c’est aussi un peu un personnage qu’il joue. Et le « on sait à l’avance que ça ne plaira pas », il y en a qui ont bâti leur fonds de commerce dessus, de l’Odieux Connard à la Fille qui n’aimait rien. Je vois mal pourquoi on apprécierait les uns mais pas Mr Day. Après, chacun sa sensibilité ou son seuil de tolérance, c’est sûr.

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    1. Oui, tu as raison, mais au bon d’un moment ça me lasse (idem pour Odieux Connard que j’aimais beaucoup mais qui a finit par me saouler, à force). Enfin, c’est surtout pour lui que je m’inquiète, c’est pas bon pour le moral de ne lire que des trucs qu’on n’aime pas 😉

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      1. C’est gentil de s’inquiéter de mon moral. Je ne sais pas ce que tu appelles de la mauvaise foi, j’ai tendance plutôt à faire du 1=1, et donc ne pas mettre de filtre entre ce que je pense d’une revue et ce que j’écris dessus (et des fois, je me freine, j’essaye de trouver des petites qualités à des textes qui n’en ont pas ou si peu). Il est faux de dire que je ne conseille pas de revues, ça m’arrive régulièrement, j’ai conseillé certains Galaxies, certains Solaris, etc. Mais tout le monde retient les mauvaises critiques et oublie les conseils de lecture. De moins point de vue, l’indulgence serait coupable ; une revue c’est une promesse (comme un livre) et ce qui m’intéresse c’est de voir si la promesse est tenue. Quand on me promet « les meilleurs textes qui se sont écrits et qui continuent de s’écrire », il faut livrer ça. Si tu livres une pauvre bonne nouvelle qui se sent bien seule et un ramassis de trucs poussiéreux qui n’intéresseront que des spécialistes des trucs poussiéreux, vaut mieux se concentrer sur les trucs pointus et creuser ce sillon (et ne pas promettre n’importe quoi). J’aime bien Présence d’esprits car leur optique « club » est non seulement sympathique, mais ils tiennent leur promesse, ils sont « vivants » et honnêtes dans leur approche.
        Ce qui est dur pour le moral, façon de parler, c’est d’avoir vécu la période Lehman / Genefort / Ayerdhal / Dunyach / Denis / Valéry (et tant d’autres) qui écrivaient dans les revues et fanzines et avaient une vraie ambition littéraire et/ou narrative. Ces auteurs-là je les cherche désespérément et je ne les trouve pas / plus. Ils n’ont pas été remplacés. A une époque, le Bélial faisait un year’s best des nouvelles francophones. Je ne pense pas qu’il pourrait le faire aujourd’hui. A de très rares exceptions près, je ne vois pas émerger d’auteurs qui portent un monde en eux, comme ce fut le cas de Lehman il y a plus de vingt ans, comme c’est le cas de Genefort depuis vingt-cinq ans. Les anciens se sont lassés, fatigués ou sont passés à autre chose (maintenant que j’appartiens à la catégorie du haut de mes 46 ans, je suis très bien placé pour le savoir : je suis passé à autre chose). C’est sans doute compliqué d’expliquer à Dunyach qu’on a globalement rien à foutre de sa fantasy sous-prattchettienne et qu’on veut voir débouler à nouveau « Déchiffrer la trame » et autres pépites du même genre. On peut creuser et creuser, et se dire qu’il ne faut pas se plaindre d’avoir une SF / Fantasy de langue française aussi complexée face à la SF / Fantasy de langue anglaise si les revues ne sont pas plus exigeantes, si elles ne mettent pas leurs auteurs au boulot, mais aussi si elle échouent à susciter le désir d’être publié en leur sein. Ça soulève des tas d’autres problèmes : le meilleur de la SF mondiale de forme courte n’est pas disponible en français. Je lis chaque été les Year’s Best, au moins le Dozois, voire un ou deux autres pour compléter. Et il y a 90% des textes qui n’arrivent pas chez nous. Ou alors avec tellement de retard que ça devient de « l’histoire de la SF ». Là-aussi il y a une faillite globale des revues de langue française et des éditeurs qui pourraient proposer des petits volumes « contemporains » sur les IA, les réseaux, la conquête spatiale, mars & co. Chez Albin Michel, je réfléchis à un système de nouvelles gratuites uniquement disponibles en numérique ; ça ne tournera qu’autour de « mes » auteurs, mais je l’envisage.

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        1. Merci pour cette réponse détaillée, je me doute bien que tu cherches toujours la « pépite », que ce soit pour le Bélial ou pour Albin Michel, et tes propos recoupent ceux d’Olivier Girard concernant les nouvelles francophones qu’il lit pour Bifrost.
          Je lis peu de revues, pas beaucoup d’anthologies non plus, on n’est effectivement pas submergés par cela dans le microcosme de l’Imaginaire, peut-être est-ce à cause du format « nouvelle » qui est globalement peu apprécié. Je suis d’ailleurs toujours sidéré de voir des débutants se lancer dans des trilogies sans avoir jamais écrit un texte court, mais c’est un autre débat.
          Je ne crois pas qu’il y ait de complexe vis à vis des anglophones, peut-être globalement un saut générationnel, ou même une désaffection pour la SF (au profit de la fantasy ?) espérons que cela reviendra.
          Hâte de voir ce que tu prépares pour Albin Michel !

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