Chroniques du Pays des Mères – Elisabeth Vonarburg

FDA CFR21 part 11

J’avais acheté Chroniques du Pays des Mères lors des Utopiales 2016 (!), sur la base de hautes recommandations de blogueurs émérites, j’avais alors découvert les éditions québécoises Alire. Puis il a été englouti par ma PAL… Sa reparution récente chez Mnémos m’a incité à l’en extirper enfin (sic).

Résumé

(source éditeur)

Au Pays des Mères, quelque part sur une Terre dévastée du futur en train de se remettre lentement, les hommes sont très rares. Seules les Captes des Familles – les Mères – font leur enfantes avec les Mâles. Les autres femmes doivent utiliser une forme hasardeuse d’insémination artificielle.
Lisbeï et Tula ne s’en soucient pas trop : filles de la Mère de Béthély, elles grandissent ensemble, sœurs et amies. Mais Lisbeï se révèle stérile ; ne pouvant être la Mère comme elle en avait rêvé, elle doit quitter Béthély, et Tula.
Devenue « exploratrice », elle accomplira un autre de ses rêves : découvrir les secrets du lointain passé du Pays des Mères. Mais certains rêves sont difficiles à vivre…
Chroniques du Pays des Mères : le livre le plus adulé d’Élisabeth Vonarburg !

Editeur : Alire – Date de parution : 08/1999 – 628 pages puis chez Mnémos – 11/2019 – 496 pages

L’Auteur

(source éditeur – Mnémos)

Élisabeth Vonarburg est une des figures les plus marquantes de la science-fiction, reconnue tant dans la francophonie que dans l’ensemble du monde anglo-saxon. Chroniques du pays des Mères a remporté le prix spécial Philip K. Dick, le Grand Prix québécois de la SF, ainsi que le prix Aurora et le prix Boréal. L’autrice a reçu en 2018 le Prix Extraordinaire des Utopiales pour l’ensemble de sa carrière littéraire.

Mon avis

Je précise au préalable que mon avis porte sur l’édition Alire en ma possession, qui comprend le texte définitif après une première version parue en 1992, et est (normalement) identique à celui paru récemment chez Mnémos.

Aussi étrange que cela puisse paraître avec un tel titre, Chroniques du Pays des Mères est un roman post-apocalyptique ! Dans un futur éloigné (un millénaire ?), les femmes dirigent le pays où se situe l’action, certains indices (des noms modifiés) laissant penser qu’il s’agit de l’Europe – ou d’une partie du continent tout au moins. Après plusieurs périodes difficiles, celle des catastrophes environnementales, de guerres puis celle des Harems où les hommes dominaient et enfin les Ruches où ce sont les femmes qui ont pris le pouvoir, voici donc le Pays des Mères, une région – et une époque – apaisées.

Confrontées à un problème de fertilité, moins de garçons que de filles, et à une maladie souvent mortelle qui frappe les enfants, la société s’est organisée. Différentes castes ont été mises en place, avec des vêtements de couleur appropriés : les Vertes sont les jeunes, les Rouges sont en âge de procréer tandis que les Bleues sont stériles ou infécondes. Cela me fait immanquablement penser à certains aspects de La Servante Écarlate, et j’ai toujours beaucoup de mal à suspendre mon incrédulité devant des sociétés aussi hiérarchisées ou schématiques voire caricaturales, mais je me soigne.

L’amour entre femmes est la norme, et la place des hommes est réduite à celle de reproducteurs ou de domestiques, sans que cela ne choque grand monde vu les événements du passé. Dans le langage prédomine d’ailleurs le féminin (on y parle de chevales, d’enfantes, d’animales…) et cela n’est bien sûr pas innocent. Cette norme est une habitude qui se prend vite à la lecture (comme quoi…), je n’irai cependant pas dire qu’il invisibilise complètement les hommes, cela reste pour moi une histoire de convention orthographique mais d’autres auront sans doute un avis contraire…

Promise à un brillant avenir, l’héroïne, Lisbeï, doit devenir la « Mère » (dirigeante) de la ville de Bethely. Mais après des années de préparation et d’éducation stricte, elle se révèle stérile et quitte alors sa cité natale pour explorer une petite partie de la région environnante : une ville érudite organisée différemment et les Mauterres lourdement contaminées par la folie des hommes du passé, peuplées de renégates et de criminelles (tant qu’elles arrivent à y survivre, tout du moins). Mais Lisbeï est aussi celle par qui les questions arrivent, et notamment sur l’histoire et la religion. Si Dieu (ici, une entité féminine nommée Elli) existe, pourquoi ses récits ou légendes ne sont-ils pas toujours conformes aux découvertes faites, aux écrits antiques retrouvés ? Les hommes sont-ils si inférieurs qu’ils ne doivent pas avoir les mêmes droits et obligations que les femmes ?

Tant de questions que Lisbeï se pose, qu’elle note dans ses lettres ou son journal intime… Un récit porté sur le questionnement, l’introspection, mais que j’ai trouvé vraiment trop long (plus de 600 pages au format poche). Et tandis que je pensai que le personnage de Lisbeï allait faire bouger sensiblement les choses, bouleverser son monde à l’instar de l’héroïne de Windhaven, remettre en question la religion et la place de l’homme, et bien… j’ai été déçu de constater que cela ne se faisait pas, ou si peu, ou si timidement. Et j’ai même eu l’impression d’une fin trop rapide et incomplète, un comble. Peut-être la révolution était–elle trop soft pour moi ?

En lisant les autres avis, j’ai constaté que beaucoup ont trouvé ce livre génial, en font un chef d’oeuvre, personnellement je l’ai trouvé bien trop long et j’ai le sentiment d’être globalement passé à côté. Dommage.

A noter que l’autrice semble s’être amusée à se mettre en scène en utilisant des variations autour de son prénom : la déesse Elli, le nom de Lisbéï, la ville de Bethely… tous de possibles dérivés d’Elisabeth ?

D’autres avis

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Chroniques du Pays des Mères - Elisabeth Vornarburg

15 commentaires sur “Chroniques du Pays des Mères – Elisabeth Vonarburg

  1. J’ai tellement envie de le lire, avec tout le bien qu’on m’en a dit ! C’est donc bien que ton retour tempère cela, ça pourrait l’évier trop de grandes attentes 😉
    Avec une si petite révolution, n’est-ce pas juste le signe d’un début ? Ou simplement le reflet de nos sociétés qui bougent si peu en termes d’égalité ? (Il va vraiment falloir que je le lise pour me faire mon avis!)

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  2. Ah zut on te l’a trop survendu. C’est un très beau livre, mais je comprends qu’il ne plaise pas à tout le monde ceci dit (et c’est assez marrant parce qu’avec du recul, je trouve au contraire que Lisbei est un peu trop partout à la fois, comme si c’était la seule capable de faire bouger les choses xD)

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai beaucoup pensé aussi à Windhaven un peu dans le même genre, avec un personnage central qui fait bouger la société, même si c’est un peu « artificiel » comme procédé.

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  3. C’est exactement ce dont j’ai peur, de le trouver trop long, et ce qui m’a fait jusqu’à présent repousser sa lecture. Un jour, peut-être, parce que tant de gens l’apprécient… mais pas tour de suite. =X

    Aimé par 1 personne

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