Vers les étoiles – Mary Robinette Kowal

Vers les étoiles - Mary Robinette Kowal

Après avoir beaucoup aimé le petit recueil de nouvelles Lady Astronaute de Mary Robinette Kowal, je me suis logiquement tourné vers le roman où l’on retrouve la saga de l’héroïne Elma York, Vers les étoiles paru chez Denoël.

Résumé

(source éditeur)

Une femme. Une mission. Sauver le monde.

1952. Une météorite s’écrase au large de Washington, dévastant une grande partie de la côte Est des États-Unis et tuant la plupart des habitants dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. Par chance, Elma York et son mari, Nathaniel, en congé dans les Poconos, échappent au cataclysme et parviennent à rejoindre une base militaire.
Elma, génie mathématique et pilote pendant la Seconde Guerre mondiale, et Nathaniel, ingénieur spatial, tentent de convaincre les militaires que la météorite n’a pu être dirigée par les Russes. Mais, ce faisant, ils découvrent que la catastrophe va dérégler le climat de manière irréversible et entraîner, à terme, l’extinction de l’humanité.
Seule issue : l’espace. Une coalition internationale lance un programme spatial de grande envergure… inaccessible aux femmes. Elma compte pourtant bien y prendre part et devenir la première Lady Astronaute.

Récit d’une conquête spatiale digne de L’Étoffe des hérosVers les étoiles a reçu les prix les plus prestigieux de la science-fiction : Prix Hugo, Prix Locus, Prix Nebula, Prix Sidewise.

Editeur : Denoël, coll. Lunes d’Encre – Traduction : Patrick Imbert – Date de parution : 07/10/2020 – 560 pages

L’Auteur

(d’après Wikipédia – car il n’y a pas de page auteur sur le site de son éditeur… ahem…)

Mary Robinette Kowal est née le 8 février 1969 à Raleigh en Caroline du Nord. Sa mère travaillait dans le management de l’art et son père était programmeur. Elle a appris le métier de marionnettiste à Atlanta et a exercé cette profession pendant près de vingt-cinq ans, pour des émissions de télévision comme Sesame Street et Bienvenue à Lazy Town, dans des écoles primaires, à Broadway. Parallèlement à sa carrière de marionnettiste et d’auteure, elle a également prêté sa voix à des livres audio.

Mon avis

Récit fondateur de la saga de la Lady Astronaute, Vers les étoiles (à ne pas confondre avec le roman éponyme de Brandon Sanderson sorti le même jour…) est la traduction de The Calculating Stars, un titre V.O. qui montre bien l’aspect calcul/mathématiques ayant une grande importance dans le récit. Au passage, si la couveture française est de toute beauté, avec une femme en robe des années 50/60 s’élevant vers la Lune, j’aime aussi beaucoup l’illustration originale qui fait la part belle au travail (féminin) d’équipe, dans un style proche des films de pilotes et de la conquête spatiale style L’Étoffe des héros.

The Calculating Stars Mary Robinette Kowal

En 1952, une météorite dévaste la Côte Est des USA, rayant de la carte de nombreuses villes dont la capitale, Washington. Enfin, en 1952 d’une certaine chronologie, car on verra assez rapidement que le récit est une uchronie, et que le point de divergence de celle-ci n’est pas la chute de la météorite, mais bien moins « brutalement » une élection présidentielle. Les lecteurs du recueil Lady Astronaute en savent plus long sur la raison de cet impact cataclysmique, et on pourra d’ailleurs un peu s’étonner que personne dans le roman ne s’interroge vraiment ou n’enquête sur la cause de la catastrophe.

Toujours est-il que le couple de scientifiques composé d’Elma et Nathaniel York, en vacances à plusieurs centaines de kilomètres du point d’impact, en subissent les contrecoups mais échappent à la mort, et se rendent compte que le gouvernement américain a été décimé. Pire encore, la chute de la météorite dans l’océan Atlantique créera des perturbations climatiques qui, à terme, condamnent l’espèce humaine. Seule solution, se diriger « Vers les étoiles ».

Dans un environnement dévasté qui subit les conséquences du cataclysme, tant du point de vue physique que psychologique (avec des familles et un gouvernement décimés), le couple York va se retrouver au coeur des recherches visant à aller sur la Lune, et ensuite vers l’infini et au delà (hum…). Nathaniel devient ingénieur en chef de l’organisation de coopération internationale qui associe les USA à une bonne partie du monde (l’U.R.S.S. et la Chine restant à part, comme il se doit) tandis qu’Elma, mathématicienne de génie, intègre l’équipe des « calculettes ». Les femmes jouent en effet un rôle essentiel dans un environnement où les ordinateurs ne sont pas fiables (il y a bien une machine IBM mais elle surchauffe et personne n’a vraiment confiance en elle) et leurs compétences en maths en font des alliées fiables et rapides pour les équipes utilisant des cartes perforées sur lesquelles sont inscrits les programmes de pilotage. On peut d’ailleurs penser, et ce n’est pas un hasard puisqu’il est cité sous forme de clin d’oeil, aux Chroniques Martiennes de Bradbury, écrit à une époque où l’on pensait encore que dans le futur les ordinateurs se serviraient de cartes et de bandes magnétiques…

Le récit est focalisé sur Elma York, qui doit à la fois exister en tant que femme, mathématicienne et pilote, et faire sa place à côté de son mari qui attire tous les regards du fait de son poste, tout en se « rendant utile » et en devant faire preuve de sa valeur face à des dirigeants ou décideurs masculins et le plus souvent sexistes. Et si les compromissions sont nombreuses pour faire partie du voyage (répondre aux photographes, poser en tenue avantageuse), l’héroïne, qui est aussi fortement gênée par son stress de paraître en public, est souvent prête à faire ce qu’il faut (même si elle le juge dégradant) pour décrocher son ticket. Et là l’autrice n’en fait pas un personnage parfait et droit, mais pétri de questionnements et parfois prêt à des compromissions pour atteindre son but.

Le ton du récit est fluide, juste, légèrement suranné et intègre ainsi l’élégance des robes et tenues féminines (au moins celles des années 1950 parfois fantasmées dans le cinéma ou la littérature) tout associant un côté « femme au foyer » à l’avancée des droits des femmes. Mais on y parle aussi largement de racisme, l’Amérique de cette époque-là, même dans un univers parallèle, étant profondément raciste. Cela concerne les Noirs (on pourra voir ou revoir le film Les Figures de l’ombre) mais aussi les Juifs (Rowal n’a fait choisi cette religion au hasard pour son couple de héros, surtout juste après une Guerre Mondiale). Alors imaginez un groupe de femmes pilotes (dont certaines de couleur) arrivant à convaincre les vieux machos de les lancer participer à un programme spatial…

Au chapitre des bémols, on pourra juste regretter que les faits « historiques » liés à la conquête spatiale passent au second plan et soient relatés par des coupures de presse plutôt que d’en donner pléthore de détails – alors que les personnages sont en plein dedans, mais l’autrice a choisi de rester focalisée sur ses héros. Ce petit bémol mis à part, Vers les étoiles est un excellent récit qui intègre de nombreux thèmes passionnants et Mary Robinette Kowal a parfaitement capté les attentes d’une époque où plusieurs souhaits d’émancipation se mêlent et se combinent, pour que l’Age des Etoiles de l’Humanité soit aussi celui d’une plus grande égalité entre genres et races. Il a réussi l’exploit d’être récompensé par les prix Hugo du meilleur roman 2019, Nebula du meilleur roman 2018, Locus du meilleur roman de science-fiction 2019 et Sidewise 2018 !

Les notes de Rowal en fin de roman prouvent l’attention qu’elle a porté à ses recherches et on pourra y trouver nombre de figures historiques existantes qu’elle a intégré, d’une façon ou d’une autre, dans son récit. Si la lecture du roman vous a plu, je ne peux que vous conseiller de poursuivre avec le recueil Lady Astronaute qui complète et poursuit le livre, surtout avec sa dernière nouvelle où l’on retrouve Elma et Nathaniel au crépuscule de leur existence. Il existe également en anglais deux suites (dont les échos sont moins favorables que pour ce premier tome), l’une d’elle sortira en V.F. en 2021, l’autre n’est pas encore prévue.

D’autres avis

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19 commentaires sur “Vers les étoiles – Mary Robinette Kowal

  1. Mais ça a l’air tellement génial. C’est terrible, cette autrice qui débarque et tout à coup tout le monde en parle et ça a l’air génial et comment faire pour tout lire.

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