La Trilogie de Licanius, tome 1 : l’Ombre du Savoir Perdu – James Islington

La Trilogie de Licanius - Tome 1 - L'Ombre du savoir perdu James Islington

Lors de mon passage à OctoGônes, j’ai pu acheter en avant-première ce premier tome de la Trilogie de Licanius, qui fait partie du plan ambitieux de parutions que les éditions Leha ont dévoilé il y a quelques mois. Et pour une fois, je ne l’ai pas laissé prendre la poussière dans ma PAL mais l’ai lu dans la foulée. Et il y a longtemps que je n’avais pas été aussi énervé contre un livre…

Résumé

(source éditeur)

Vingt ans se sont écoulés depuis la fin de la guerre. Les Augures dictatoriaux – autrefois considérés comme des dieux – ont été renversés et anéantis pendant le conflit, leurs pouvoirs tant redoutés les ayant mystérieusement abandonnés. Ceux qui avaient régné sous leurs ordres, des hommes et des femmes dotés d’une capacité moindre connue sous le nom de Don, n’ont évité le sort des Augures qu’en se soumettant aux lois de la rébellion.
Une représentation de ces lois est maintenant inscrite dans la chair de quiconque utilise le Don, forçant ceux qui sont ainsi marqués à une obéissance absolue. En tant qu’élève des Talentés, Davian subit les conséquences d’une guerre menée – et perdue – avant sa naissance. Méprisé par la plupart des gens au-delà des murs de l’école, lui et ceux qui l’entourent sont pratiquement prisonniers de leur tentative d’apprendre à contrôler le Don.
Pire encore, alors que Davian se débat avec ses études, il craint les terribles conséquences d’un échec aux redoutées Epreuves. Mais en découvrant sa capacité d’exercer le pouvoir interdit des Augures, Davian va déclencher une série d’événements qui vont bouleverser les terres d’Andarra et au-delà. Au nord, un ancien ennemi que l’on croyait vaincu depuis longtemps se réveille. Et à l’ouest, un jeune homme dont le destin est lié à celui de Davian reprend connaissance dans la forêt, couvert de sang et sans aucun souvenir de qui il est…

Editeur : Leha – Traduction : Sarah Doke – Date de parution : 15/10/2021 – 640 pages

L’Auteur

(source éditeur et Babélio)

James Islington est né et a grandi dans le sud de Victoria, en Australie. Il a été influencé dans son enfance par les récits de Raymond E. Feist et de Robert Jordan, mais ce n’est que plus tard, lorsqu’il a lu la série Fils-des-brumes de Brandon Sanderson – suivie peu après par Le nom du vent de Patrick Rothfuss – qu’il a finalement eu envie de s’asseoir et d’écrire ses propres romans. La Trilogie de Licanius, éditée par Orbit et dont le 3e et dernier tome a été publié fin 2019, est un succès international avec près de 400 000 exemplaires vendus. James Islington vit aujourd’hui avec sa femme et ses deux enfants dans la péninsule de Mornington, dans le Victoria.

Mon avis

Commençons par le premier aperçu avec le livre, de bon poids (grâce ou à cause de ses 640 pages) et avec une belle couverture (identique à celle de l’édition V.O. – ce qui permet d’ailleurs de savoir à quoi vont ressembler celles des suites). Un bon a priori donc, qui va hélas être rapidement douché dès les premières pages.

Parlons donc des choses qui fâchent, entre le style (pauvre) de l’auteur et le travail d’édition dans lequel j’engloberai la traduction et la relecture, ne sachant pas où est exactement le problème chez Léha. Il est rare que je me plaigne de ce dernier point mais là, j’ai fréquemment tiqué et failli abandonner le livre après moins de 100 pages. Et si je pinaille sans doute un peu, je serai curieux de lire les retours d’autres lecteurs pour savoir si cela ne vient que de moi…

Style pauvre, donc, disais-je, avec des descriptions le plus souvent laconiques. Si je ne suis pas fan des détails s’étalant sur trois pages à chaque porte ou maison que les personnages voient, j’aime quand même pouvoir en apprendre un minimum sur l’univers de l’auteur. Là, c’est plus que succinct. Exemple : une bibliothèque millénaire dans une cité perdue, voire hantée, et on nous dit quasiment uniquement qu’il y a beaucoup de livres ! Je veux bien que l’Ombre du Savoir Perdu soit un premier roman, mais il faut quand même faire un petit peu d’effort. Les lieux sont génériques, les palais « immenses », les pièces réduites à un peu de mobilier. Niveau style toujours, on trouve des phrases avec des soucis de ponctuation, l’auteur confondant point et virgule pour essayer de donner du rythme et de la nervosité à son récit, sans doute, mais cela cause surtout des enchaînements malheureux (« Wirr ne bougea pas, ne tenta pas d’entrer, habituellement joyeux, il était mal à l’aise et le ventre de Davian se serra »). Il a aussi une fâcheuse manie de mettre des majuscules un peu partout, ce qui donne des phrases comme, j’exagère à peine : « Les Talentés sont soumis aux Préceptes car les Administrateurs se méfient des Augures qui peuvent les Lire en utilisant l’Essence ». Souvent justifié par le contexte, sans doute, mais assez grandiloquent voire pénible avec leur répétition sur des centaines de pages, un peu plus de subtilité aurait été appréciable. James Islington a aussi une forte tendance à décrire les actions en les plaçant dans des parenthèses au milieu des dialogues, je n’en suis pas fan. Ni de l’interjection « Destin ! » utilisée à tour de page. Quant au guerrier dont « le cœur manque un battement » toutes les deux lignes en présence de sa belle, comment dire, il risque de succomber à l’amour avant d’être tué par le moindre ennemi…

Concernant le travail d’édition, j’ai tiqué à de multiples reprises et failli abandonner la lecture plusieurs fois tant elle manque de fluidité. Exemple dès la première page : « Rien n’y poussait, y compris le feuillage […] ». C’est moi, ou un simple « pas même » aurait été préférable ? Bon, disons que je pinaille et allons plus loin avec « il connaissait chaque centimètre des lieux » (hum, j’aurais ajouté un « carré » quelque part, moi). S’il y a ici ou là quelques fautes d’orthographe, ce n’est rien par rapport aux répétitions (le dictionnaire des synonymes devait être en vacances) et aux tournures de phrases qui laissent pantois (« Asha regardait mollement le plafond », « Il marcha vers les portes de l’école dans un silence sidéré et incrédule », « […] avant qu’aucun d’entre eux ne se rende compte de ce qu’il se passait et tout sembla se passer au ralenti […] »). De façon plus anecdotique, quand un mage « libère les gardes » qui protègent une porte, il ne s’agit pas de personnes donc je pense qu’on pourrait y substituer « sceaux » ou « protections » de façon plus heureuse.

Passons, quand même, au fond pour lequel j’ai eu du mal à me motiver à lire tant la forme m’a parue pénible. On découvre une école de magie où les apprentis, pardon les Talentés, suivent des études. L’un d’eux, Davian, est accompagné de son meilleur ami, Wirr et d’une jeune femme qui l’attire, Ashalia. Davian n’est pas doué du tout, il redoute l’épreuve finale, et comme il a vécu un traumatisme dans le passé, qui l’a laissé balafré. Tout ça me rappelle quelque chose, non d’un choixpeau ! Heureusement, avant qu’on ne s’oriente vers un récit young adult poudlardesque de plus, tout le monde est massacré ! Hum, j’exagère, car Davian a décidé de fuir l’épreuve et son pot de colle de copain de Wirr l’accompagne, dans une quête mystérieuse consistant à suivre le chemin tracé par un objet magique, pardon un Réceptacle, en direction du Nord. Une fuite et une quête qui leur ont donc sauvé la vie. A leur insu, Ashalia, elle, a été mystérieusement épargnée mais c’est seulement pour voir ses pouvoirs magiques annulés, la transformant en Ombre, état dégradant témoignant de son ancienne condition.

On découvrira ensuite petit à petit le continent où l’action se situe, et son histoire. Une barrière, le Bord du Monde, retient en effet des monstres issus d’un âge perdu (hum, ça me dit encore quelque chose, nom d’un Stark !) mais elle s’effrite et bien sûr les mages, pardon les Augures, qui l’avaient élevé ont tous été exécutés. C’est ballot, non ? Tandis que les mages de l’époque actuelle, donc les Talentés, détestés par la population, sont strictement surveillés et parfois obligés de porter un Fer, sorte de bracelet qui annule leurs pouvoirs. Davian et Wirr vont finir pour localiser un jeune homme, Caeden, couvert de sang et sans doute coupable du massacre des habitants d’un village. Pour autant, il est amnésique (ce qui est toujours bien pratique) et ne semble pas maléfique.

Le petit groupe qui se constitue voyage en direction d’une capitale et d’une académie de magie, en compagnie de personnages plus ou moins fiables, jusqu’à ce que Davian disparaisse. Islington le projette à une autre époque, dans un environnement mystérieux afin d’affiner ses pouvoirs mais on peut alors se demander si le jeune homme est vraiment le héros du récit puisque Wirr dévoile ses secrets et monte en puissance, de même que Caeden. Et Ashalia est prise entre deux factions ennemies, qui jouent un jeu diplomatique dangereux. Tout le monde se rejoindra pour une bataille finale face à l’Armée aveugle, ainsi nommée à cause de ses guerriers aux casques sans visière, qui plus est dotés d’armures qui résistent aussi bien aux épées qu’à la magie. Le tout a souvent des airs de Fort-le-Cor, avec des vagues d’ennemis inarrêtables et des défenseurs vite submergés. Heureusement, Ashalia veille et trouve des renforts magiques. Les origines de Caeden sont ensuite partiellement dévoilées et on découvre tout un pan de son caractère qui jure avec ce qu’on a pu lire précédemment, et qui sera sans aucun doute exploré dans les tomes suivants. De même qu’on en saura plus sur le ou la fameuse Licanius, dont c’est quand même la trilogie (sic) et dont on apprend l’existence, surprenante, dans les derniers chapitres. La fin de la bataille souffre par contre d’une brièveté étonnante et aurait gagnée à être un peu plus détaillée.

Je conseillerai de lire l’Ombre du Savoir Perdu d’une traite, sans trop faire de pauses car l’auteur a en effet multiplié les personnages secondaires et brouillé les pistes pour que le lecteur ne sache pas en qui les héros peuvent avoir confiance. C’est sans doute un peu trop confus par moment et, si le procédé sonne artificiel, il est du coup plutôt efficace car le doute règne. Plusieurs renversements de situation, quelques allusions à des évènements passés ou à des pouvoirs supérieurs, ponctuent la fin de ce premier tome et peuvent donner envie de lire les deux suivants. Peut-être pas en V.F. en ce qui me concerne à cause de tout ce que j’ai relevé plus haut, mais d’autres lecteurs seront peut-être moins sensibles à cet aspect que moi, j’attends vos avis.

Mélange de dark fantasy, avec quelques louchées de magie épique par moments, ce premier tome de la trilogie de Licanius, s’il manque a priori sensiblement d’originalité, laisse entrevoir un autre aspect dans ses dernières dizaines de pages, pouvant donner envie d’en savoir plus et de découvrir si l’auteur, James Islington, a pu s’affranchir de ses modèles pour bâtir un univers plus personnel. Dommage que ce premier tome d’exposition souffre d’un style plutôt médiocre, aggravé par une version française perfectible (je conseillerai de feuilleter le début pour vous faire un avis, il est en ligne sur Actualitté), qui peuvent rebuter le lecteur et le convaincre de passer son chemin – ou de le lire en V.O. s’il le peut.

Le tome 2, Un Echo du Futur, est prévu pour le printemps 2022 tandis que le troisième et dernier, Au Bord du Monde, est annoncé pour fin 2022, début 2023.

D’autres avis

Sur la V.O. : L’Ours Inculte (version audio) – De Livre en Livres – …

11 commentaires sur “La Trilogie de Licanius, tome 1 : l’Ombre du Savoir Perdu – James Islington

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  1. « Wirr ne bougea pas, ne tenta pas d’entrer, habituellement joyeux, il était mal à l’aise et le ventre de Davian se serra »: Ah! Ah! On dirait Cheval Magazine depuis trois ou quatre ans!! Tu imagines combien le **contenu** des articles est bon pour que je me réabonne malgré cette rédaction pourrie? Et ils sont les experts des verbes conjugués à la mauvaise personne, genre « la cavalière préfèrent » 🤯🤯🤯🤯
    Bon. Plus sérieusement. Hors monde du cheval. Je vois bien ce que tu pointes du doigt et je trouve aussi que ça laisse à désirer. C’est probablement lié à l’accélération constante des rythmes dans le monde de l’édition; dans la plupart des cas, on manque de temps à chaque étape (traduction, relecture, vérification de la relecture, relecture des épreuves…) pour faire un travail soigné. Et je pense qu’il y a aussi une perte de la professionnalisation sur certains postes, dans un souci d’économie. Je subis, par exemple, une « correctrice » qui ajoute des anacoluthes et des fautes dans mes textes et l’éditeur continue avec elle malgré mes remarques… 🤷‍♀️

    Aimé par 1 personne

    1. Il faudrait que je vérifie avec la V.O. pour savoir si ça vient du style de l’auteur ou de la traduction ou de la relecture, mais je pense que c’est un mélange de tout ça. En tout cas, il me semble que le passage à la V.F. devrait retravailler un peu le texte pour le rendre plus lisible, ici ce n’est clairement pas le cas.
      Et ça ne donne pas envie de s’abonner à Cheval Magazine non plus 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. « En tout cas, il me semble que le passage à la V.F. devrait retravailler un peu le texte pour le rendre plus lisible » –> Oui, absolument c’est attendu du traducteur. Ou plus précisément: le texte fourni par le traducteur doit se tenir en lui-même et être le meilleur possible, quelle que soit la qualité de l’original. On ne peut pas se justifier en disant « non mais il y a des erreurs de syntaxe en [insérer la langue de départ], c’est pas ma faute s’il y en a en [insérer la langue d’arrivée] ». Enfin, tu peux toujours essayer, mais il semble peu probable que l’éditeur fasse de nouveau appel à toi… 😄
        Ensuite, c’est toujours une question d’équilibre et de déontologie. On évalue tous jusqu’où on estime juste d’aller sur tel ouvrage en fonction de plein de paramètres (le public visé, le souhait de l’éditeur, notre propre aisance sur un certain niveau de langue…). Moi je suis plutôt sourciste, donc d’avis que mon boulot est de remettre un texte propre, lisible et plaisant, pas de faire de l’auteur d’origine un écrivain qu’il n’est pas… Mais il y a des gens plus ciblistes, qui accordent plus d’importance au fait que le texte traduit soit beau (pas seulement plaisant, mais *beau*), même si le texte de départ ne l’était pas…
        Une exception me vient toutefois à propos de cette histoire de correction/reprise: les cas où les problèmes de syntaxe, construction ou vocabulaire sont délibérés ou font partie du message, genre le narrateur des fleurs pour Algernon, évidemment, ou Donald Trump – tu te souviens peut-être que j’ai lu ce bouquin de Bérengère Viennot, qui explique comment elle a revu sa pratique dans ce cas particulier.

        Aimé par 1 personne

        1. Merci pour les précisions !
          Ce qui est « amusant », c’est de voir que certains lecteurs ont trouvé le bouquin fluide et ont apprécié le style, alors que moi j’ai peiné du début à la fin. Les goûts et les couleurs…

          Aimé par 1 personne

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