Don’t look up (film, 2021)

affiche du film Don't look up

J’avais entendu parler du film Don’t look up (sous-titré Déni Cosmique, sur Netflix) à cause – ou grâce – au buzz qu’il a généré et je m’en étais méfié instantanément ! Je n’ai pas eu beaucoup de chance avec les films de la plate-forme, et le fait de retrouver Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence en tête d’affiche, dans ce qui semblait être une comédie au concept de catastrophe éculé, ne m’attirait pas. Heureusement, j’ai fini par regarder et j’ai finalement bien aimé.

Dont’ look up, de quoi ça parle ?

Une jeune doctorante en astronomie (Jennifer Lawrence), découvre une grosse comète lors d’une de ses observations, d’une taille d’environ 10 km de diamètre. Problème, son professeur (Leonardo DiCaprio) et elle calculent rapidement que l’objet céleste se dirige vers la Terre, où il a toutes les chances d’annihiler l’espèce humaine ! Il ne reste que six mois à l’humanité pour trouver une solution, ou disparaître. Commence alors une course effrénée pour prévenir les autorités, les convaincre de ce qui arrive (littéralement) et de se bouger pour essayer d’arrêter la course de la comète.

Résumé comme ça, le pitch est celui de la moitié des téléfilms que l’on peut voir sur la TNT, où des scientifiques ou des militaires vont trouver une solution héroïque et sauver le Monde. Ici, ce n’est pas vraiment l’optique choisie par le réalisateur qui en profite pour faire une satire grinçante de notre société.

Idiocraty

D’abord, si les scientifiques sont reçus assez rapidement par le gouvernement américain, car l’action se passe exclusivement aux USA, la priorité de celui-ci est les élections de mi-mandat, d’autant qu’il y a une histoire de scandale sexuel autour de la nomination d’un juge de la Cour Suprême. La présidente (si, si, les américains ont élu une femme !) est campée avec beaucoup de réussite par une Meryll Streep à l’aise dans son rôle de gouvernante à la vision court-termiste, aux idées trumpistes bien arrêtées et qui a placé son demeuré de fils comme chef de cabinet. Les USA en prennent pour leur grade, avec l’abêtissement de leur électorat, les fake news, leur système démocratique ou les medias racoleurs même si de nombreux pays peuvent, à travers cet exemple, se sentir visés. Quand on découvre que le titre du film, Don’t look up, est celui du slogan d’une dirigeante qui détourne l’attention du public du danger réel, on a tout compris. On peut toujours nier l’évidence, jusqu’au point où il est trop tard, coucou les anti-vaxx et les pollueurs.

Don't look up (film, 2021)

Un climat de défiance

Ok, la probabilité d’un astéroïde percutant la Terre et détruisant l’Humanité par une série de cataclysmes, raz-de-marée et autres tremblements de terre est faible, heureusement. Pourtant, il est une catastrophe qui se profile et a même déjà commencé, sur laquelle les scientifiques alertent depuis des années et pour laquelle les gouvernements ne font rien ou presque (des réunions au sommet qui polluent plus qu’elles ne servent à grand chose de concret), c’est bien sûr le réchauffement climatique. Difficile de passer à côté de l’analogie qui sous-tend le film, on peut toujours nier les faits et regarder ailleurs ou s’enterrer la tête dans le sable. Jusqu’à ce qu’on soit rattrapé par la réalité et un phénomène immuable.

Rézocio

Don’t look up fustige largement les médias, qui ne font pas toujours leur priorité des thèmes les plus importants. Les scientifiques doivent faire du media training pour être photogéniques, on jugera le prof d’astronomie sur sa belle gueule plutôt que ses compétences et il faudra être distrayant pour être invité à la télé, le prof cédant aux sirènes de la célébrité (et aux formes aguichantes d’une présentatrice) tandis que la doctorante étant moquée par des mèmes sur internet ou virée des plateaux pour son pessimisme. Et tout est soumis à la popularité auprès du public : si les courbes d’audience ou l’engagement sur les réseaux sociaux n’est pas bon, difficile de continuer à faire passer le message, on se fiche de sa pertinence. Pleine d’autodérision, la chanteuse Ariana Grande joue ici une star dont les démêlés amoureux (en direct lors d’un talk show populaire) dépassent largement les avertissements sur la comète. Quant aux réseaux, les clics ou like font la pluie et le beau temps dans une course sans fin à l’audience qui pilote les rédactions et les politiques.

Techno new age

Encore un secteur qui se prend une bonne baffe, celui des GAFAM via la société Bash, concepteur de smartphones mais aussi de fusées et robots, dont le fondateur-gourou est une vraie tête à claques caricature du new geek age, une sorte de Steve Jobs croisé avec Elon Musk. Quand l’état n’a plus d’argent, c’est sa société qui est aux manettes en coulisses, avec un accès direct (VIP platine premium) à la présidente qui lui mange dans la main. Une boîte privée qui gère l’espace à la place de la NASA, ça me dit quelque chose. Et là on aura une belle surprise capitaliste quant à la façon de s’occuper de la comète ou sur la fiabilité des nouvelles technologies…

Patriotisme de pacotille

Ah, les drapeaux, les flonflons, les feux d’artifice, les discours patriotiques devant la nation et les héros prêts au sacrifice, on aime ça aux USA. On la rejoue Armageddon, ou presque, avec un Ron Perlman parfait en clone raciste de Bruce Rambo Willis et fonçant vers la comète sur son cheval, euh, dans sa navette. On visitera aussi les coulisses bien peu reluisantes de la Maison Blanche, autant égratignée que sa présidente. Tandis que le film est américano-centré, les autres pays peinant à s’unir ou à concurrencer les sacro-saints amerloques maîtres du monde alors que les autres peuples suivent leurs exploits à la télé.

casting don't look up

Un casting 5 étoiles

Jennifer Lawrence, Leonardo DiCaprio, Meryll Streep, Cate Blanchett en présentatrice TV cynique et un peu nympho, Rob Morgan, Ariana Grande ou les frenchies Timothée Chalamet et Tomer Sisley sont au casting dans des rôles parfois peu reluisants mais pleins d’humour. Dérision, auto-dérision, satire et causticité se mêlent dans un film où l’absurde règne souvent, mais simplement parce qu’il est généré par l’anticipation des réactions de notre société, ou encore, et c’est plus grave, par ses comportements réels.

En conclusion

Je suis loin d’avoir fait le tour des thèmes abordés dans Don’t look up, au scénario dramatiquement comique, à la satire grinçante, porté par une casting hors pair, et qui fustige à la fois les gouvernements et les individus. Le film d’Adam McKay est-il parfait ? Assurément non, il est sans doute un peu trop long et comporte une petite séquence de fin dispensable, mais c’est quand même un excellent moment qui ne plaira pas à tous mais permettra peut-être à certains de réfléchir et de prendre confiance de ce qui nous attend. Ce n’est sans doute pas une comète que l’on se prendra dans la gueule mais ça va faire mal quand même.

Bande-annonce

D’autres avis :

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25 commentaires sur “Don’t look up (film, 2021)

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  1. Je me tâtais franchement à le regarder puis quand j’ai lu ton billet je me suis dis que je sauterai le pas. C’est pas du tout ma tasse de thé ce genre de film mais quand ça critique à ce point la société je suis plutôt preneur (d’antan que, comme tu le soulignes, le casting est 5 étoiles). Encore un film qui met le doigt sur les problèmes de l’humanité qu’on regardera en riant mais lorsqu’il se prophétisera nous rigolerons moins ^^' » (Idiocracy de 2006 étant pour LE film prophétique par excellence :’D )

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  2. Un film qui parvient extraordinairement bien à évoquer les sentiments ressentis par ceux qui ne se voilent pas les yeux sur l’avenir hélas proche de l’humanité. J’ai beaucoup, beaucoup aimé. Pas de niaise leçon de morale, juste de la satire acide.

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      1. Excellente analyse, d’un film dont je n’attendais rien et qui m’a plu.
        C’est vrai qu’ils ont réussi à rendre le film intéressant, tout en exagérant jusqu’à l’absurde certaines situations, tellement que l’on ne sait plus si on doit rire ou pleurer !
        Espérons que les messages ont été bien reçus.

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  3. Bon, il va vraiment falloir que je regarde ce film (enfin, que je motive Monsieur qui était trop fatigué pour un film de 2h08 l’autre soir). Il a toutes les clés pour me plaire.

    Merci de nous avoir partagé ton retour 🙂

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  4. Merci pour cette chronique! Je n’avais rien vu ni lu sur le sujet, même pas la bande-annonce, et je croyais que ça parlait vraiment, directement du dérèglement climatique – du coup, ça m’intéresse beaucoup moins. ^^ Bon, vu que je ne regarde pratiquement pas de films, je ne le verrai probablement jamais de toute façon…

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      1. J’aurais dû être plus précise: en fait je n’ai rien lu/vu de **détaillé** sur le film. J’ai bien vu que tout le monde en parlait, mais j’ai vu de loin, quoi. C’est assez entré dans mon radar pour que j’en rêve il y a quelques jours – j’ai le vague souvenir de DiCaprio autour d’une table, potentiellement en train de faire la promo du film –, mais suffisamment peu pour que je ne sache pas de quoi ça parle. 🙂

        Aimé par 1 personne

  5. Message de Xapur à l’auteur initial du commentaire :
    La moindre des choses en postant un lien vers son bouquin, c’est d’avoir la politesse de se présenter et de demander si c’est accepté, plutôt que de coller un lien comme un sauvage. Pas la peine de revenir par ici.

    J’aime

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