Le Silmarillion – J.R.R. Tolkien

Le Silmarillion - J.R.R. Tolkien

Il y a belle lurette que je n’avais pas relu le Silmarillion et la sortie de l’édition illustrée était l’occasion rêvée de me replonger dans les écrits de J.R.R. Tolkien. OK, j’ai déjà l’édition précédente (qui comprend par contre Contes et légendes Inachevés) mais celle-ci bénéficie, outre des illustrations et d’une nouvelle traduction, d’une mise en page plus lisible, d’une couverture rigide, d’une jaquette et d’un signet. Comment (et surtout pourquoi) hésiter ?

Le silmarillion JRR tolkien éditions christian bourgois

Le Silmarillion, c’est toujours une lecture un peu étrange puisque ce n’est pas un roman mais un ensemble de récits, une mythologie de la Terre du Milieu (enfin, de l’univers et du monde comprenant ce continent). Du coup, je préfère y picorer les textes plutôt que de les enchaîner, et j’ai fait durer ma lecture. On remarque parfois des erreurs ou des contradictions, mais c’est souvent laissé volontairement comme cela par Tolkien, malgré les relectures, à l’instar des récits mythiques perdus dans les limbes du temps et dont les détails varient selon les conteurs.

Je reviendrai sur la préface, que je lis toujours en dernier, pour me plonger d’abord dans l’histoire. Le tome commence par l’Ainulindalë, la musique des Ainur, les dieux de l’univers de Tolkien, que l’être suprême Eru (ou Ilùvatar, selon les peuples) créa dans un chant. Lequel se fondit dans celui de ces nouveaux êtres, jusqu’à créer un monde nommé Arda. L’analogie avec la religion chrétienne est forte, d’ailleurs Tolkien parle de « Saints » et parmi eux, on remarque vite le déchu Melkor qui ose s’opposer à son créateur et à ses frères et soeurs. Certains des Ainur iront s’incarner sur Arda et la partie suivante, la Valaquenta, détaillera ces noms que l’on peut trouver en filigrane dans les autres récits de l’auteur. Que ce soit Manwë le dieu du vent, Ulmo le seigneur des eaux, Aulë qui créa les nains, Varada la Dame des Etoiles, Yavanna la déesse de la nature et tant d’autres, puisqu’ils sont quatorze en tout et portent souvent plusieurs noms en fonction des peuples avec lesquels ils ont interagi. Tous sont également venus assister à l’arrivée des Enfants d’Ilùvatar (les elfes et les humains) et pour se faire ont façonné le monde, en étant le plus souvent en contradiction avec Melkor qui cherchait à dominer et à détruire ce qu’il ne pouvait maîtriser. Côtoyant ces Valar, ces dieux de très grand pouvoir, quelques êtres de « moindre » pouvoir, les Maiars, sont également cités. Les lecteurs du Seigneur des Anneaux en connaissent quelques uns même s’ils sont relativement discrets à cette époque largement ultérieure.

Après ces récits fondateurs commence la Quenta Silmarillion, la longue histoire des Silmarils qui relate l’arrivée des elfes sur une terre en conflit entre les dieux. Terrifiés par Melkor qu’ils appelleront ensuite Morgoth (le Sombre Ennemi du Monde), certains suivront les Valar jusqu’à leur havre de paix, Valinor, tandis que d’autres resteront sur place ou se perdront en chemin. Ainsi, le peuple des elfes se scindera en plusieurs groupes : Vanyar, Noldor, Sindar… et peuplera le Beleriand, une région de l’Ouest de la Terre du Milieu.

Mais la tragédie ne viendra pas (que) des forces du mal, car l’elfe Fëanor, aussi doué qu’orgueilleux, arrivera à capturer la lumière divine dans trois joyaux exceptionnels, les Silmarils. Sous les actions néfastes de Melkor, aidé d’Ungoliant l’araignée monstrueuse, le paradis des Valar est corrompu et seule la lumière émise par les Silmarils serait encore capable de soigner le mal. Hélas, Melkor s’est enfui avec, et les elfes affiliés à Fëanor prononcent le terrible serment de récupérer leur bien, quel qu’en soit le coût. Et ce coût sera particulièrement élevé au sein des elfes qui vont se déchirer sous le joug de ce qui deviendra une malédiction au cours des siècles. Je ne vais pas décrire plus avant les multiples péripéties épiques et les dizaines de noms de personnages qui apparaissent dans le récit, mais il s’agit d’une tragédie, d’une sorte de chute du paradis pour la plupart des elfes, qui vont devoir s’installer en Terre du Milieu, se cacher dans des forêts ou des forteresses inexpugnables tandis que les forces de Melkor/Morgoth déferlent sur le Beleriand et massacrent tous ceux qu’ils rencontrent. Des héros tourmentés, de belles dames chantant et dansant dans des sous-bois enchantés, l’arrivée au monde des Hommes, des combats glorieux ou infâmes se succèdent au cours de ce Premier Age de plusieurs siècles.

Le style est assez archaïsant (moins dans cette nouvelle traduction que dans la précédente) et souvent assez direct puisqu’il ne s’agit pas d’un roman mais d’une sorte de survol, ou de résumé des événements qui, s’ils sont précisés, ne sont pas toujours très détaillés. D’autres récits sont issus du Silmarillion, tels Beren et Lúthien ou La Chute de Gondolin ou encore Les Enfants de Húrin – et il faudra les lire si on veut une version plus complète et « romancée » de chaque fragment.

La saga du Silmarillion n’est pas sans analogie avec celle du Seigneur des Anneaux et ce n’est donc pas une surprise si, au fil des pages et tandis que Morgoth finit par être capturé et emprisonné par les Valar, c’est son lieutenant le plus fidèle (quoique…) et puissant, Sauron, qui finit par se faire un nom dans les chroniques de Tolkien. Si son maître a fragmenté le lien entre les dieux et les elfes, Sauron s’en prendra aux humains de l’île mythique de Númenor, les poussant contre les Valar en jouant sur leur orgueil et leur peur de la Mort. Cette déchéance sera relatée dans un texte nommé l’Akallabêth, qui se termine par une intervention divine (presque une version revisitée du Déluge ou de l’Atlantide !) et sonne le glas du Beleriand, partiellement précipité dans les eaux tandis que la Terre du Milieu acquiert le forme qu’on lui connaît habituellement.

Le récit suivant est la chronique du Troisième Age, intimement lié à la saga des Anneaux du Pouvoir, forgés par les Noldor avec l’aide de Sauron (qui forgea lui même en secret l’Anneau Unique pour les amener tous, et dans les ténèbres les lier…). Là les noms des protagonistes sont plus connus, Elendil, Isildur, Gil-galad, Elrond et les autres tandis que les lieux sont plus familiers : le Mordor, le Gondor, Minas Tirith, Imladris, Grand’Peur. Une histoire ici résumée mais qui est à lire dans la trilogie la plus célèbre en littérature de l’Imaginaire.

En complément, plusieurs annexes comprennent des arbres généalogiques, des notes (intéressantes) sur la prononciation, plus de quarante pages d’index (arf), les principaux vocables en quenya et sindarin raviront les amateurs et quelques préfaces, dont un extrait de lettre de Tolkien a son éidteur pour présenter son oeuvre, figurent au sommaire.

Le Silmarillion est plus aisé à lire grâce à cette nouvelle traduction de Daniel Lauzon, qui avait déjà revisité Le Hobbit et le SdA. Ici l’impact sur les noms est moindre et donc la transition moins « traumatisante ». J’ai comparé quelques passages avec l’ancienne version, qui ne démérite pas mais est sans doute parfois plus désuète. Le style de Tolkien est, comme dit plus haut, archaïsant, avec profusion de « lors… » ou « ores ») ce qui fait, ou pas, son charme selon que l’on apprécie ou pas ces récits légendaires contés comme tels. Gros bonus à cette nouvelle édition, qui a été en rupture de stock et vient de redevenir disponible, la cinquantaine d’illustrations délicates, précises et évocatrices de Ted Nasmith qui se marient parfaitement avec les textes, dont une carte du Beleriand qui me rappelle celles du jeu de rôle JRTM/MERP. J’en mets ci-dessous quelques unes pour le bonheur des yeux.

Que dire de plus ? Parfois ardu, comportant une avalanche de noms, de lieux, se déroulant sur plusieurs millénaires, le Silmarillion est quand même un incontournable pour tout fan de Tolkien et de fantasy, il prolonge les récits mythiques de Tolkien connus de tous en les intégrant dans une longue histoire du monde. Et cette édition lui fournit un bien bel écrin.

D’autres avis

Au Pays des Cave TrollsLivrementLes lectures de ShayaNevertwhere – …

Résumé

(source éditeur)

Composé de récits allant des Jours Anciens de la Terre du Milieu jusqu’à la fin de la Guerre de l’Anneau, en passant par le Second Âge et la montée en puissance de Sauron, Le Silmarillion est au cœur de l’univers imaginé par J.R.R. Tolkien. Ces histoires se déroulent à une époque où Morgoth, le premier Seigneur des Ténèbres, habite la Terre du Milieu et où les Elfes lui font la guerre dans sa forteresse d’Angband pour récupérer les Silmarils. Ces trois joyaux contenant la dernière lumière pure du Valinor ont été dérobés par Morgoth puis sertis dans sa couronne de fer. Ces contes sont accompagnés de plusieurs œuvres plus courtes. L’Ainulindalë est un mythe de la Création tandis que la Valaquenta décrit la nature et les pouvoirs des dieux. L’Akallabêth raconte la destruction du grand royaume insulaire de Númenor à la fin du Second Âge et Les Anneaux du Pouvoir relate les grands événements de la fin du Troisième Âge, que raconte également Le Seigneur des Anneaux. J.R.R. Tolkien n’a pas pu publier Le Silmarillion de son vivant, car il a évolué avec lui. Il a donc laissé à son fils Christopher le soin de faire paraître cette œuvre à partir de nombreux manuscrits et de rendre publiable la grande vision de son père, terminant ainsi l’œuvre littéraire de toute une vie. Cette édition spéciale présente sous une forme nouvelle ce premier pas fondamental dans l’édition posthume par Christopher Tolkien des volumes concernant la Terre du Milieu, début de quarante années d’une carrière illustre, avec la publication de plus de vingt livres célébrant l’héritage de son père. On retrouvera aussi dans ce volume une lettre de J.R.R. Tolkien, écrite en 1951, qui fournit une passionnante exposition des Âges précédents, et près de 50 peintures en couleurs de Ted Nasmith, dont certaines apparaissent ici pour la première fois.

Editeur : Christian Bourgois – Traduction : Daniel Lauzon – Date de parution : 14/10/2021 – 362 pages

L’Auteur

(source éditeur)

J.R.R. Tolkien est né le 3 janvier 1892. Après avoir été soldat pendant la Première Guerre mondiale, il entame une brillante carrière universitaire qui le fait reconnaître comme l’un des meilleurs philologues au monde. Il est surtout célébré pour la création de la Terre du Milieu et la publication de ses œuvres de fiction, aujourd’hui devenues des classiques : Le Silmarillion, Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux. Ses livres, traduits en 70 langues, se sont vendus à des millions d’exemplaires dans le monde. Il est décédé le 2 septembre 1973 à l’âge de 81 ans.

12 commentaires sur “Le Silmarillion – J.R.R. Tolkien

Ajouter un commentaire

  1. Holàlà tu me vends du rêve. Plus dix ans que je n’ai pas lu Tolkien. Je suis désespérée. Je ne sais pas où sont passées ces dix années. J’ai envie de tout relire, y compris celui-ci que j’apprécie plus pour sa valeur patrimoniale et sa richesse impressionante que « par amour » – alors que le Seigneur des Anneaux c’est le livre qui a changé ma vie, tu vois, c’est LE bouquin.

    Aimé par 1 personne

    1. Je comprends, c’est vrai que le Silmarillion est parfois un peu « sec » mais sa fonction est de remplir une toile de fond dans laquelle viennent se positionner des récits plus « terre à terre » (du Milieu) comme le SdA. En résumé, c’est la couronne et le SdA ou les autres récits plus détaillés sont les Silmarils 😉

      Aimé par 1 personne

  2. J’ai hâte de relire cette nouvelle traduction dès que j’aurais le cerveau disponible pour. C’est un beau livre mais il faut l’aimer pour ce qu’il est (et en effet aimer les archaïsmes ^^). En tout cas rien que le bouquin est superbe !

    Aimé par 1 personne

Laissez un commentaire...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :