L’Insondable Profondeur de la Solitude – Hao Jingfang

L'Insondable profondeur de la solitude JingFang HAO

Une autrice chinoise pour changer un peu, voici le premier recueil de nouvelles de Hao Jingfang.

Résumé

(source éditeur)

Le futur tel que vous ne l’avez jamais lu. À travers douze nouvelles d’une rare sensibilité, Hao Jingfang explore l’humain face à un avenir incertain. L’insondable profondeur de la solitude, c’est celle de l’individu confronté à la marche inéluctable du temps et de la civilisation, de l’évolution et de la technique, de l’aliénation et du pouvoir. Sa fragilité et sa détresse, ses désirs et son besoin de résistance, ce sont les nôtres, nous les partageons universellement, et Hao Jingfang les éclaire d’une plume délicate et compatissante.

Editeur : Fleuve Editions (Outrefleuve) – Traduction : Michel Vallet – Date de parution : 16/04/2018 – 368 pages

L’Auteur

(source éditeur)

Hao Jingfang est la première auteur chinoise à remporter le prix Hugo. Il faut noter que la SF a été bannie par le gouvernement chinois pendant près de trente ans, et que sa renaissance actuelle est autant un geste artistique que politique. Pour Hao Jingfang, la SF est  » le plus libre des genres  » et permet de donner à voir au lecteur la réalité sous divers angles.
Âgée de 33 ans, elle possède un master en physique et un doctorat en économie et gestion. Elle est l’auteur de trois romans, dont un Young Adult, un essai culturel et trois recueil de nouvelles.

Mon avis

Intéressé par le fait de changer un peu des auteurs francophones et anglo-saxons, j’ai voulu tenter ce recueil de nouvelles avec une autrice chinoise, qui a quand même eu le prix Hugo pour l’un de ses textes. Bien mal m’en a pris.

La première nouvelle, Pekin Origami, est celle qui a été sacrée par le prix Hugo. Elle met en scène une ville qui se bascule et se replie sur elle-même (style Inception/Doctor Strange – voir la belle couverture du recueil). Plusieurs classes de citoyens s’y succèdent donc sans se croiser. Jusqu’au jour où l’un d’eux arrive à se glisser dans les rouages et à aller mener une mission et visiter d’autres zones. Franchement, ce texte n’a rien d’exceptionnel, j’ai déjà du mal avec le postulat de départ qui fleure bon les années 50, mais en plus le style est quelconque voire mauvais, et la traduction n’aide pas (je tique rarement sur la traduction, ne m’estimant pas vraiment compétent et rarement choqué par celle-ci, mais il y a là des tournures de phrases qui sont vraiment impardonnables – et ce n’est pas un effet de style de l’autrice).

Bien échaudé, j’ai continué avec Au centre de la prospérité, l’histoire d’une chinoise mariée qui quitte pays et mari pour aller à Londres tenter sa chance en tant que violoniste. Sur fond d’invasion extraterrestre par de mystérieux « hommes d’acier ». Ceux-ci ne s’en prennent qu’aux militaires et épargnent les artistes, qu’ils tentent de rallier à leur cause. Se plier ou mourir, c’est le choix que doit faire l’héroïne, dans un texte assez mal construit et à la fin précipitée. Ce qui s’explique dans la nouvelle suivante, Le chant des cordes, où on découvre son mari, resté en Chine et qui s’oppose lui aussi aux aliens. Par la musique et la mise en vibration d’une échelle céleste, sorte d’ascenseur spatial. L’autrice aime la musique classique, visiblement, mais ne se soucie guère de vraisemblance ni de soigner le style.

Le dernier des braves raconte la rencontre fortuite de deux clones, et jongle avec les concepts d’identité, et d’existence. L’histoire est correcte, bien que le style ne soit pas excellent là non plus, et le concept n’est pas mauvais, même si l’utilité des clones dans la société n’est que survolée. Dommage.

Le Théâtre de l’univers : une rencontre entre une jeune femme et un musicien de rue, qui débouche sur une histoire d’observateurs extra-terrestres cachés parmi nous, et d’évolution possible de l’humanité. Si le sujet est correct, à défaut d’être original, il manque des informations sur la jeune femme et ses sources d’information pour que l’histoire soit « crédible ».

Question de vie ou de mort nous raconte l’étrange épopée d’un homme qui se retrouve dans une ville grisâtre, peuplée d’habitants indifférents et de bâtiments poussiéreux. Une réflexion sur la mort et la réincarnation, mais avec un personnage principal qui m’a laissé indifférent.

Le palais Epang : légendes chinoises au programme de ce texte qui voit un jeune homme confronté à l’immortalité et faisant équipe avec un empereur survivant dans une statue ! Un peu long, avec des références qui ne sont pas connues de grand monde en Occident, l’histoire est plutôt réussie même si la fin est trop rapide et les réactions des personnages un peu trop caricaturales.

L’envol de Cérès : enfin un bon texte avec ce bibliothécaire qui visite les enfants de l’astéroïde Cérès, modifié par l’homme pour abriter la vie. Un petit paradis qui ne va pas durer, mais qui va donner naissance à des explorateurs spatiaux enthousiastes, nourris aux contes et histoires.

La clinique dans la montagne. Prisonnier de sa vie insipide, écrasé par la pression sociale, un homme erre en ville puis retrouve un ami lors d’une visite dans une étrange clinique. Je n’ai pas été convaincu par ce texte.

La chambre des malades. Deux infirmières s’occupent de patients soumis à des électrodes qui leur fournissent un réconfort psychologique virtuel. l’une d’elle va finir par tenter ce remède particulier. L’idée est plutôt bonne, le style, là encore, moins.

Le procrastinateur. A force de repousser l’échéance, un étudiant se retrouve à court de temps pour préparer et rendre un rapport. Je n’ai pas compris la fin de cette courte histoire…

Au final, un assez mauvais bilan pour ce recueil de nouvelles, dont je n’ai pas aimé le style général. Je me suis souvent demandé s’il s’agissait d’un hommage volontaire à l’Age d’Or de la S.F. ou d’une « naïveté » de l’autrice, liée au contexte chinois de ce milieu ? Quoiqu’il en soit, je n’ai pas accroché et me suis forcé à lire les nouvelles en espaçant celles-ci, mais sans pour autant y prendre beaucoup de plaisir. J’aurais dû me méfier, l’autrice étant conseillée par Ken Liu, un auteur que je suis un des seuls à ne pas souvent apprécier (je vais me faire lyncher dans les commentaires !). Le recueil souffre de plus d’un vrai problème de traduction et de relecture, avec de nombreuses répétitions ou phrases bancales.

Outre l’aspect auteur/traducteur, il y a également des soucis au niveau éditorial sur cet ouvrage. Il cumule en effet les défauts : d’abord, il n’y a « que » 11 nouvelles sur les douze annoncées en 4ème de couv’ (j’imagine que quelqu’un a compté l’introduction dans le total), il ne possède pas d’index de celles-ci, le titre de la nouvelle n’est pas repris en haut de page, et je passe sur la taille des caractères qui arrangent ma presbytie^^. Ou encore sur le beau montage d’image de couverture, mais avec les enseignes sur les immeubles inversées comme dans un miroir. Peut donc mieux faire, là aussi !

D’autres avis : Quoi de neuf sur ma pile – Nevertwhere – …

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24 commentaires sur “L’Insondable Profondeur de la Solitude – Hao Jingfang

  1. Je l’ai emprunté en numérique, ton avis me donne une folle envie de me précipiter sur un autre choix.
    Et comme toi, je ne suis pas très fan de Ken Liu, malgré les louanges qui lui sont données. Et tout le monde sait que les seuls à savoir écrire de la SF sont les français !
    Merci de m’avoir épargner ce recueil mal traduit et mal édité.

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      1. Un autre qui n’est pas un grand fan, même si la nouvelle « La Ménagerie » n’est pas trop mal…
        C’est le syndrome du polar scandinave…On va avoir de la SF chinoise à s’en dégouter

        Aimé par 1 personne

  2. Holala, c’est vraiment pas engageant… Dommage, c’était chouette de sortir un peu des sentiers occidentaux habituels :-/
    Je mirais au moins Pekin Origami dans l’antho des Utos, on verra ce que ça donne…

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  3. C’est l’effet « Le problème à trois corps » : Liu Cixin fait des ventes hors-normes en France, il est chinois, il écrit de la SF, du coup toutes les maisons veulent sortir de la SF chinoise. Même si tout n’a pas la qualité de celle de Liu (Cixin, pas Ken). Et pour ce qui est du prix Hugo, il est loin d’avoir la fiabilité qu’il avait il y a vingt ou trente ans, où tu pouvais en acheter un les yeux fermés.

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    1. Je pense aussi que Liu, Ken cette fois, est à la mode et qu’on surfe sur ce qu’il traduit et/ou recommande. Hélas, je ne suis pas convaincu.
      Quant au Hugo, tu as bien raison, il a bien perdu de sa superbe.

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  4. Aïe. J’ai lu d’autres retours qui mettaient également en avant les nombreux problèmes que tu soulèves. Je le possède dans la liseuse mais j’ai toute suite beaucoup moins envie de m’y mettre. C’est dommage que le travail de l’édition soit aussi mauvais. Je dirais même bâclé.

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  5. Je suis dedans en ce moment, je trouve ça plutôt sympathique. Les nouvelles sont pas des révélations (sauf Pékin Origami qui a un joli postulat de base) mais je passe un bon moment. Après j’avais très envie de lire des nouvelles et je suis sensible à la musique classique, ça a sans doute aidé pour les textes que j’ai lu :D.

    Aimé par 1 personne

  6. Merci pour cette chronique! Je me rappelle ta remarque sur l’absence de sommaire, c’est vraiment incroyable o_o
    J’ai vu que ma bibliothèque allait commander un exemplaire donc je vais attendre celui-ci, la qualité de la traduction me fait vraiment peur T^T quel dommage

    J’avais adoré le recueil de nouvelles de Ken Liu (quoique apparemment l’édition française n’a pas le même contenu que VO?) alors peut-être que j’aimerais un peu mieux les thèmes de celui-ci que toi haha!

    Aimé par 1 personne

  7. J’attendais d’avoir écrit mon avis avant de venir lire le tien, mais je constate qu’on a globalement le même retour. Des idées, intéressantes, mais le reste ne suit pas vraiment, excepté Pékin Origami que, pour ma part, j’ai trouvé très bon.

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    1. Oui j’ai vu ton avis, je le partage grandement notamment quant à l’aspect daté de cette SF ou son manque d’aboutissement.
      Merci pour ton lien, je ferai de même dès que j’aurais retrouvé mon PC 😉

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