Bifrost 88 : Greg Egan

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Le numéro 88 de la revue Bifrost est consacré à un auteur que j’ai peu lu, l’australien Greg Egan, pape de la hard science, branche de la SF que j’affectionne peu. Aura-t-il réussi à faire tomber mes réticences ?

Commençons par le début et l’éditorial d’Olivier Girard (dont j’ai pu faire la connaissance aux Utopiales !) qui constate et se plaint du manque de nouvelles francophones à publier dans la revue. Un genre peu affectionné par nos auteurs ? Un niveau d’exigence du Bélial qui place la barre très haute ? Va savoir, en tout cas le constat est là, comme le prouve l’appel à vote du Prix des Lecteurs… aux écrivains de changer cela ! Et du coup, deux nouvelles anglo-saxonnes sont au programme.

D’abord La dernière plume de Matthew Kressel, avec un écrivain qui, à quelques semaines de sa mort, va tenter de finir l’écriture d’un livre. Un thème a priori classique mais transposé dans l’espace, le futur, ce qui change pas mal les choses. A noter surtout pour la nostalgie qui s’en dégage et la belle rencontre qui s’y déroule.

Ensuite, La vallée de l’étrange de Greg Egan himself, qui m’a fait penser aux vieux polars californiens dans l’ambiance des studios hollywoodiens. Ici, modernité oblige, un androïde ayant hérité des souvenirs d’un magnat des séries tv enquête sur le passé de son « vieux », celui qui lui a laissé un héritage physique et mental. Quelques scènes un peu trop rapidement traitées mais un personnage intéressant à découvrir, dans sa propre quête d’identité.

Objectif Runes fait un panorama de sorties récentes (et se complète ici par manque de place dans la revue), j’ai noté Kalpa Impérial, et peut-être l’Arche de Darwin. Par pitié, délivrez Thomas Day de la lecture des revues et fanzines qui lui font tant de mal aux yeux (et aux neurones ?!), ses avis sont toujours aussi tranchants mais pourquoi s’infliger des lectures si peu appréciées ? Un dossier sur le grand Caza, qui a notamment bercé par ses couvertures de livres de SF des générations de lecteurs, et qui manque ici singulièrement… d’illustrations ! Un comble ! Enfin, Scientifiction se lance à l’abordage des célèbres stations spatiales en forme de roue, un classique de la SF et un cauchemar pour la physique.

Enfin, un copieux dossier sur Greg Egan, qui commence par une interview datant de 2011, il faut dire que l’auteur, dont on n’a aucune photo et qui ne fréquente aucune manifestation publique, a envoyé paître l’équipe du Bélial après seulement deux questions. Ambiance… On en apprendra donc plus long sur son oeuvre, les thématiques de celle-ci, l’histoire de sa publication en France, puis on plongera au coeur de ses récits, nouvelles ou romans, grâce aux dossiers complets de l’équipe de Bifrost. J’en retire l’envie de découvrir à l’occasion le recueil Axiomatique. Certains de ses romans me tentent bien, mais le côté hard science, assumé et revendiqué par l’auteur qui pousse le lecteur à se débrouiller seul pour comprendre, enfin, c’est mon ressenti, ne m’attire pas vraiment.

D’autres avis : Albédo (qui écrit – en rouge – sur ses revues, je défaille !) – Le Chien Critique (qui souligne bien les fôtes de la version numérique) – …

Greg Egan sur ce blog :

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12 réflexions sur « Bifrost 88 : Greg Egan »

  1. « Il faut dire que l’auteur, dont on n’a aucune photo et qui ne fréquente aucune manifestation publique, a envoyé paître l’équipe du Bélial après seulement deux questions. Ambiance… »

    Waow ! C’est rock n’roll 😀

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  2.  » Par pitié, délivrez Thomas Day de la lecture des revues et fanzines qui lui font tant de mal aux yeux (et aux neurones ?!), ses avis sont toujours aussi tranchants mais pourquoi s’infliger des lectures si peu appréciées ?  »
    De toute façon, faut que je les lise pour le boulot, autant faire d’une pierre deux coups…

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  3. Ok, je me lance. Je suis un écrivain débutant, qui commence à se frotter à l’écriture de format court en SFFF. J’ai à mon actif huit nouvelles publiées en fanzine et anthologies. Je ne dis pas que je suis la pépite qui redonnera foi à la SF française, mais si on parle de chercher des nouveaux talents, à un moment de leur développement, ils ressemblent à un petit couillon comme moi.

    Je dois vous avouer, je n’ai jamais sérieusement songé à soumettre à Bifrost. Je me suis posé à un moment la question, mais j’ai regardé les sommaires, et j’ai vu 3/4 de traductions, le reste par des auteurs avec un pedigree et que j’ai supposé invités, et je me suis dit : pas pour moi. Bifrost n’a pas à proprement parler d’appel à textes, n’ouvre pas de concours comme Galaxies ou Solaris, et dois-je rajouter, ne traîne pas précisément une réputation d’amis des tout-petits du fait de leurs critiques à la sulfateuse. Je n’ai pas pensé à Bifrost pour mes soumissions, et je pensais qu’ils étaient parfaitement heureux comme ça. Il semblerait que ce ne soit pas le cas, ravi de l’apprendre ! Mais je n’allais pas l’inventer. Qui sait pour une prochaine fois ?

    Ce qui me laisse quand même un sale goût dans la bouche, c’est l’impression qui est laissée qu’un Ken Liu, ça pousse sur les arbres. Aux USA, ce sont des dizaines de milliers de textes qui sont soumis par ans à des structures proposant des tirages à 4 ou 5 chiffres, et des rémunérations au tarif pro pour plusieurs centaines de textes. Derrière, vous avez les éditeurs de Best-of, la scène critique anglo, les prix littéraires qui passent pour vous aider à établir sans problème une liste d’une centaine de pépites dans laquelle forcément, c’est quasiment que du bonheur. Et c’est à ce moment que Bifrost arrive pour faire son marché.

    Il se trouve que je collabore aussi depuis quelques temps à l’un des fanzines qui m’ont fait l’honneur de regarder mes textes, donc je sais ce que sait que de se bouffer une pile de soumission. Il faut lire une centaine de textes par an, souvent pas terrible, à plusieurs pour croiser les avis. Et à la fin, on apprend (dans Bifrost ?) que tout ce qu’on publie n’est pas du Ken Liu. Sans déconner ? Et c’est par nature pas très différent dans les anthologies.

    Il y a d’autres modèles que l’appel à textes libre pour attraper du texte, évidemment. On peut bosser sur invitation: c’est la garantie d’un certain niveau de base, mais pour le nouveau ou la découverte, on repassera, par construction. On pourrait importer le concept des best-of US, distiller la crème de la crème des anthologies et fanzine, ce pourrait être un super booster pour la visibilité du format court en France. Mais vu ce que Bifrost a l’air de penser des contributions de ce secteur, pas sûr que cela les enchante.

    Peut être que Bifrost a un meilleurs plan pour qu’il pleuve des Kij Johnson, des Ken Liu, des Peter Watts français. Je veux bien aider, même si c’est pour me manger des gadins en soumettant à des appels ou j’ai une chance sur vingt d’être pris, puisqu’en fait c’est déjà ce que je fais. Mais pour l’instant j’ai pas compris.

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    1. Message intéressant, même si je ne suis pas sûr que ce soit le bon endroit pour le poster (les forums de Bifrost ?). La revue a un haut niveau d’exigence, j’aurais tendance à te suggérer de tenter ta chance, qui ne tente rien n’a rien. Et si ça ne colle pas, tant pis.
      Mais il est clair que les marchés français et US n’ont rien à voir…

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  4. Loin de moi l’idée de mettre la merde sur ton blog, hein, et je n’insisterai pas si ce devait être le tour que ça prend ;-).

    J’ai aussi laissé un message sur le Facebook du Belial, on verra si une discussion se lance.

    Simplement, je lisais tes interrogations que tu concluais en disant que la balle était dans le camp des auteurs (ce qui je dois t’avouer, m’a agacé), et je me suis dit que j’allais te présenter à quoi ça ressemble vu du point de vue du scribouillard.

    Pour le fait de tenter, c’est précisément ce que je compte faire. L’exigence n’est pas le problème, au contraire je dirais, même. Si tu as peur de manger des tuiles, tu t’arrêtes vite d’écrire… Simplement, quitte à se faire baiser, on préfère aller là où c’est fait avec tendresse…

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    1. Je comprends bien le problème, ceci dit, Bifrost n’est pas un fanzine ou une revue pour débutants (et là, voir ma remarque dans l’article sur Thomas Day). Quand ils doivent sélectionner les deux ou trois textes qu’ils publient par trimestre, et qu’ils préfèrent ce qui se fait aux US par rapport à ce qu’ils lisent en français, ils vont vers ce que leurs goûts leur dictent (et ce que leur portefeuille leur permet de se payer, car il y a aussi un surcoût lié à la traduction). Ils ont l’air de trouver que le niveau est plus élevé aux USA qu’en France, qu’il y a plus d’innovation ou de prospective etc… Mais aussi de le déplorer. Moi je n’ai pas d’avis là-dessus, je ne lis pas de VO, je ne suis pas le mieux placé pour en parler.
      Ce que je voulais dire, c’est que je ne bosse pas chez eux, je suis un simple lecteur lambda, je relaie ce que je lis dans leur édito (et ce que je crois en comprendre…). Quant à ma remarque sur les auteurs, qui t’as agacé, je maintiens que c’est à eux de voir s’ils ont des textes susceptibles de plaire à la revue, il suffit de feuilleter quelques numéros pour savoir si on peut cadrer avec les goûts de la rédaction. De même que quand tu réponds à une autre revue ou à un appel à texte, tu cibles ce que tu envoies par rapport à la ligne éditoriale ou aux consignes de soumission. Ensuite, la rencontre se fait, ou pas.
      En tout cas, bonne chance dans tes projets.

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  5. Oh, je comprends tout à fait le choix d’aller se fournir sur la scène anglophone, j’en lis autant que je peux en VO et je me régale. Mais c’est étrange de leur part de se plaindre du manque d’entrain d’auteurs français qu’ils ne font rien pour attirer…

    Merci pour tes encouragements en tout cas!

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