Le Hobbit – J.R.R. Tolkien

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Donner un avis sur une œuvre de Tolkien m’est forcément difficile, car c’est en grande partie grâce à lui que je suis devenu fan de littérature de l’Imaginaire. Grâce à Tolkien, et aux jeux de rôle, sans aucun doute, mais c’est une autre histoire….

Parmi les récits fondateurs qui m’ont marqué étant adolescent trône « le Seigneur des Anneaux ». Trône est le mot juste, car si je devais conserver qu’un livre, ce serait celui-là. Curieusement, je n’avais guère aimé « Le Hobbit » à la première lecture. Un problème de traduction, peut-être, ou encore mon état d’esprit à ce moment-là. Car l’histoire de Bilbo, avant d’être un des récits fondateurs de la Terre du Milieu dans l’Imaginaire collectif, est avant tout une relecture des contes de fée. Depuis, je l’ai relu plusieurs fois, et je n’ai pas retrouvé ce qui m’y avait déplut. Tant mieux.

Ayant l’édition « compacte » de Christian Bourgois, avec la traduction de Francis Ledoux, je regardai avec un mélange d’envie et d’appréhension celles qui viennent de sortir à l’occasion de l’arrivée en salles de l’adaptation cinéma. Envie, car la traduction était parfois archaïsante, et pas toujours heureuse. Appréhension, car on touche là à un de mes mythes personnels, et je craignais que de basses considérations mercantiles liées au film viennent précipiter une nouvelle traduction pas forcément judicieuse.

Mais d’abord, que vaut donc l’histoire de Bilbo, simple hobbit tranquille entraîné bien malgré lui dans une aventure doublée d’une chasse au trésor, avec comme compagnons un vieux magicien et treize nains ? Un récit qui va lui faire trouver un anneau d’or qui attirera les convoitises du monde entier !

Ecrit à l’origine comme un conte pour enfants, « Le Hobbit » est un récit relativement classique d’initiation où le héros et ses compagnons passent de dangers en dangers, en traversant un monde étrange peuplé de monstres et de créatures fabuleuses. Un conte de fée revisité par J.R.R. Tolkien qui le transcende et qui, loin de le cantonner aux enfants, le rend accessible et intéressant pour tous. Une histoire pas forcément manichéenne, car les personnages n’ont pas toujours des comportements exemplaires, ce qui renforce leur intérêt. Nains, trolls, changeurs de formes, gobelins, dragons ou elfes, Tolkien amalgame les éléments des contes et leur donne une ampleur sans précédent, contribuant ainsi grandement à la naissance de la fantasy telle qu’on la lit de nos jours. Au delà de ça, Tolkien donne à la Terre du Milieu une vraie cohérence, renforcée par ailleurs dans ses autres écrits.

Une grande réussite, qui se lit indépendamment mais contribue aussi à un éclairage intéressant sur les évènements contés dans « le Seigneur des Anneaux ».

Parmi les diverses éditions présentant la nouvelle traduction de Daniel Lauzon, je me suis tourné vers « Le Hobbit annoté », par Douglas A. Anderson, toujours chez Christian Bourgois. Un livre d’un grand format, hors standard, où le texte remanié est encadré de notes, de dessins, et de nombreux textes qui viennent l’éclairer. Genèse de l’œuvre et de ses différentes éditions, bibliographie, explications sur les runes mais également le texte de « l’Expédition d’Erebor » ou Gandalf explique comment il a déclenché ce voyage, pour aider les nains de Thorin mais aussi contrer Sauron…

En ce qui concerne la traduction, mon avis est plutôt positif. Les phrases sont mieux tournées, la lecture est plus fluide, c’est donc réussi. Néanmoins le bât blesse parfois en ce qui concerne les noms propres. Bilbo Sacquet devient Bilbo Bessac, Fendeval remplace Combe Fendue (ou Fondcombe qui était quand même plus heureux), les Monts Brumeux deviennent les Montagnes de Brumes, mais surtout Mirkwood devient Grand’Peur, ce qui est assez ridicule (je préfère le nom Forêt Noire). Outre le changement d’habitude, un peu perturbant au début, je m’interroge parfois sur l’intérêt de revoir ces noms pour de simples détails.

La profusion d’annotations, de détails, d’explications, ravira les fans absolus, mais interloquera peut-être certains lecteurs (la comparaison des différentes éditions, où parfois une simple virgule change, n’intéressera pas forcément tout le monde). Je conseillerai par contre de lire chaque chapitre en entier avant de revenir aux annotations, pour ne pas couper la lecture avec les multiples détails et les notes parfois très longues. Et aux lecteurs qui voudraient se concentrer simplement sur l’histoire, de choisir une autre édition. Mais pour ceux qui, comme moi, sont amoureux de la Terre du Milieu, une édition de ce type est un vrai bonheur, d’autant qu’elle met bien en valeur les multiples influences de Tolkien, avec notamment les sagas nordiques, les légendes de Beowulf, Fafnir ou encore les contes de Grimm…

En parallèle de cette lecture, je vous propose de visiter mon blog consacré au Seigneur des Anneaux Online, où mon personnage principal marche pendant quelques temps dans les empreintes des pieds poilus de Bilbo le hobbit…

Retrouvez aussi les avis sur les blogs :

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23 réflexions sur “ Le Hobbit – J.R.R. Tolkien ”

  1. Je vois que tu es un grand spécialiste deTolkien ! Chapeau, beau blog ! j’ai presque un peu honte en te disant que je lis une parodie du « Hobbit », un livre assez simpliste, mais drôle, quelques notes en première page de mon blog ! si ça te tente et voir à quoi cela ressemble … un livre qui permet de laisser son cerveau en mode repos ! et c’est pas désagréable de temps en temps !

  2. Oui parfois ce n’est pas le bon moment de rencontrer un livre 🙂
    En tout cas, si ce livre était vraiment destiné à ses enfants (mythe ?), il est très bien fini et je suis assez amusée de voir tous ces détails qui viennent doucement préparer le terrain pour le Seigneur des anneaux. Même si je ne compte pas relire Bilbo ces prochains temps, je crois que j’aimerai bien jeter un oeil à ces annotations. C’est vrai que je me demande comment le changement de nom va vivre dans le temps…

    1. L’avantage du Hobbit c’est quand même que le conte est très bien écrit, même pour des adultes. Tolkien avait déjà posé des bases pour son univers, le SdA n’a donc pas été une simple suite.

  3. Je suis pour ma part en possession de l’audiobook de cette nouvelle traduction. Je l’écoute, je l’écoute, et plus je l’écoute plus je l’aime.

    Je l’écoute avec sous les yeux la version originale en anglais dans le texte, et la VF de Ledoux. Et bien y’a pas photo je dirai. La nouvelle trad’ est en tout point ou presque meilleure à mon goût. Le rythme, le ton, les poêmes, tout est plus fluide et plus raccord. C’est une redécouverte en ce qui me concerne.

    Le fait de s’entendre raconter cette histoire doit quelque part renforcer les qualité de cette nouvelle traduction. Même les noms passent mieux.

    À tel point qu’immergé dans cette nouvelle traduction et son petit Bessac, je vient de tiquer là à l’instant sur le nom de Sacquet que je vient d’entendre dans un extrait du film. Ça m’a fait tout drôle.

    Fendeval, sonne comme Rivendell dans la bouche du conteur Dominique Pinon. Bessac résonne, et les jeux de mots avec son nom sont retrouvés. Finalement il n’y a que Grand’Peur qui fait un peu bizarre, celui là à plus de mal à passer.

    Faut vraiment que j’aille me procurer cette version annoté.

    1. Ah l’audiobook, ça peut être sympa aussi. Globalement, je confirme que cette nouvelle traduction est réussie, par contre il est dommage qu’elle ne soit pas raccord avec le film…

  4. Pour moi ce sera l’édition illustrée qui arrivera pour Noël.
    J’ai hâte de lire cette nouvelle traduction, j’aurais d’ailleurs souhaité m’y plonger avant d’aller voir le film, mais tant pis !
    En tout cas, tu m’a vraiment donné envie de me replonger dans la Terre du Milieu ! Et toute cette agitation autour du film en rajoute encore plus !

    Ça va finir par une relecture du Silmarillion ça, tu vas voir !^^

  5. @Efelle : La version annotée casse le rythme, forcément, mais on peut ne lire les notes qu’en fin de chapitre, c’est un bon compromis. Et c’est globalement intéressant, voire plus. Sinon, j’ai aussi pris le HS du Figaro mais bon, ça reste dispensable si on connait un peu Tolkien.

    Et oui, Lorhkan, je lutte contre l’envie de relire le Silmarillion, voire le SdA et j’ai vu que « Route Perdue » (HoME 5) venait de sortir en poche…

    1. Pour le HoME, je me tâte, il faut vraiment être à fond quand même pour lire plein d’évolutions des mêmes histoires… Le « produit fini » (ou à peu près) ça reste le Silmarillion…
      Je vais regarder des critiques de ces HoME pour voir ce qui s’en dit plus exactement tiens !

        1. Excellent « Les enfants de Hurin ». Noir, sombre et déprimant, mais excellent !
          Et « Contes et légendes inachevés » aussi, pour de multiples éclaircissements sur les trois Âges.

          1. Il faut être un peu barré pour lire les HoME (comme moi quoi :D), c’est pas des lectures faciles parce que les annotations prennent le pas sur le texte parfois, et ça devient vite répétitif. J’ai fait des comptes rendus détaillés si vous voulez :D.
            Y’a des choses intéressantes dans la Route perdue ceci dit, et les Contes perdus sont sympas (quand on aime l’archaïsant). J’attends avec hâte l’arrivée des prochains volumes en vf (sur la création du SdA).
            Bref je m’étale, désolé xD.

            Sinon j’ai beaucoup aimé cette nouvelle traduction, bien plus fluide. J’espère qu’on aura l’occasion d’avoir le même travail sur le SdA, qui en a bien besoin également !

          2. Ah, le SdA retraduit, j’ai hâte aussi !
            Pour les HoME, j’y viendrai peut-être un jour, mais j’ai d’autres lectures de Tolkien à faire avant !

  6. J’aime beaucoup ta chronique. Je pense aussi que je vais bientôt passer au Silmarillon. J’ai juste un peu peur du côté indigeste. Mais bon, je m’insurge moi-même quand on dit que Tolkien est indigeste. Il ne faut pas que je tombe dans cet avis simpliste sans même l’avoir lu. (oui je deviens un peu schizo comme gollum :p )

    1. Merci pour le compliment !
      Le Silmarillion est un peu ardu car ce n’est pas un roman mais une collection de légendes (la Bible de la Terre du Milieu, en quelque sorte). A lire à petites doses, peut-être – et à relire régulièrement pour faciliter l’assimilation.
      Mais assez incontournable si on veut approfondir ce qu’on a lu dans le SdA.

  7. Bilbo, moi je l’ai découvert totalement par hasard il y a… longtemps, lors d’un séjour aux Etats-Unis. Tolkien n’était pas encore un phénomène en France, et je suis vraiment tombé dessus par hasard. Ce n’est que bien des années plus tard que j’ai découvert et pratiqué mes premiers jeux de rôle, et, notamment, JRTM (le Jeu de Rôle des Terres du Milieu). Mais mon préféré reste le Silmarillion. Autant je reste assez hermétique au côté parcellaire et presque « académique » des « Contes et légendes inachevées », autant je trouve un charme et une vraie poésie dans le Silmarillion…

    1. Pourtant de nombreux lecteurs reprochent au Silmarillion son côté un peu décousu lié à l’assemblage de textes de styles différents, c’est amusant.

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